Je me réveille, il est 6 heures du matin, je suis dans le bus qui m’amène de la chaleur de Mendoza à la froideur de la Patagonie, à Bariloche exactement.
Je profite du lever de soleil sur la pampa, un grand espace presque plat, inhabité, non cultivé, avec seulement de grosses touffes vertes. La route est longiligne, étroite et chaotique. Le bus n’arrête pas de vibrer.
Déjà hier soir, 1 heure après le départ, nous avons dû changer pour un vieux bus, à cause d’une vitre éclatée en marche. Là nous multiplions les arrêts longs, dans les terminaux ou sur le bord de la route, sans trop d’explication. C’est mal parti pour arriver à destination dans le temps prévu, c’est-à-dire … 17 heures ! Ce n’est pas encore beaucoup comparé à d’autres trajets en Argentine, mais c’est mon plus long trajet jusqu’ici. Je m’étais ménagé des étapes rapprochées pour y échapper, mais là, quand il faut y aller, il faut y aller.
Le paysage évolue doucement, un peu de relief apparaît, puis des grands lacs. Derrière l’un d’eux, la cordillère se dévoile à 180 degrés, majestueuse, et étale ses glaciers devant mes yeux. Le bus entame une route sinueuse autour des lacs, entre les sapins, dominée par des montagnes rocheuses, et des formations géologiques originales.
La cordillère réapparaît au détour d’un virage, massive. La plus grosse partie des montagnes est blanche, laissant une fine couche foncée à la base. Ce doit être une illusion d’optique, la base des montagnes doit se trouver plus bas. Et effectivement, nous nous retrouvons en haut d’une colline, et un lac immense se découvre, avec au bord la ville de Bariloche, et tout autour des montagnes plus belles les unes que les autres, coiffées de neige. Je suis donc enfin arrivé, après 20 heures de bus au lieu des 17 prévues.
Le lac Nahuel Huapi est agité, il souffle un vent à décorner les bœufs. Je fonce vers ce qui semble être l’auberge de jeunesse la plus sympa : mauvaise pioche, elle est fermée. Je me retourne et vois une grande tour style HLM, laide, censée abriter un hôtel à son dernier étage. Je tente ma chance et tombe sur un des meilleurs hôtels que j’ai trouvés jusqu’ici : un grand salon, une grande salle à manger, une cuisine de folie, des dortoirs au-dessus de la moyenne, et surtout une vue à tomber par terre, sur le lac et sur la ville. Nous sommes au dixième étage, la vue coupe le souffle et justifie par elle-même le choix de l’hôtel ? Et comme d’habitude le personnel est souriant et aux petits soins.
Dans mon dortoir je rencontre 3 irlandaises délurées, Lorraine, Teresa et Laura, qui vont se coucher en début de soirée pour pouvoir mieux sortir plus tard. Elles ont tout compris, c’est la seule technique valable en Argentine pour suivre le rythme. C’est samedi soir, il y a une petite soirée organisée dans l’hôtel, qui me permet donc de rencontrer les autres voyageurs encore plus vite que d’habitude. Je pars avec Amy, Tim, Sadie, britanniques, et Nicolas, américain, vers un petit bar au bord du lac, pour écouter un concert d’un groupe local, tellement bon que nous voulons tous un CD à la fin. A la sortie du bar, le vent souffle toujours, les petites vagues déferlent à 5 mètres de la porte, l’endroit est magique.
Le lendemain, mes 3 nouvelles copines irlandaises, passablement éreintées par la nuit mais toujours aussi délurées, m’entraînent pour un tour de tyrolienne. Sur le trajet, à travers lacs, je découvre les environs de Bariloche : magnifique, très riche, très vert.
La tyrolienne se passe en forêt, assez haut en montagne. On se les gèle là-haut, le vent glacé souffle toujours aussi fort. On nous équipe de harnais, on nous jette 3 mots d’explication, et c’est parti pour 9 descentes d’un arbre à un autre. La première est soft, histoire de s’habituer, mais les suivantes donnent de belles sensations. On vole littéralement entre les grands arbres, frôlant les branches et les feuilles, et on accoste l’arbre suivant plus ou moins violemment selon qu’on aime freiner ou pas.
Le lendemain je fais enfin un petit tour en ville. On se croirait en Suisse ici : des chiens Saint-Bernard dans la rue, des chalets, d’innombrables magasins de chocolat, restaurants à fondue. Une vraie ambiance alpine, les prix avec … L’explication est simple : Bariloche a été créée en 1902 par des émigrés suisses.
Je me décide pour une petite sortie l’après-midi, vers un petit sommet qui domine les nombreux lacs. Ça tombe bien, les irlandaises pensaient à la même chose, on part donc ensemble. Direction le Cerro Campanario par un bus local. Courageusement on évite le télésiège, et on affronte la ½ heure de montée raide. En haut la vue est saisissante à 180 degrés : lacs, îles, montagnes, glaciers. Le vent n’est plus glacial … il est pire, mais cela ajoute une intensité supplémentaire au décor. Des morceaux de glace se fracassent violemment sur la terrasse de l’observatoire, tombés du toit.
Une fois redescendus, les filles rentrent à Bariloche et je poursuis en bus, jusqu’à l’hôtel Llao Llao. C’est un hôtel massif, au style typiquement suisse, mais c’est surtout le départ d’une belle balade à travers bois. Je démarre la route, mais je vois qu’il est déjà trop tard, tant pis je reviendrai un autre jour. J’attrape le bus du retour, et ne me lasse pas de regarder l’environnement magique. Autant la ville fait penser à la Suisse, autant l’extérieur me fait beaucoup penser au Canada : les paysages, les camions et pick-ups qui circulent, et une foule d’autres indices visuels indéfinissables. Souvenir de Nouvelle-Ecosse …
Soirée calme à l’hôtel, qui se remplit progressivement de français. Depuis 4 mois je remarque un phénomène qui se confirme toujours : d’une manière générale les français sont nombreux en Amérique du Sud, mais dans chaque lieu propice au trek, leur concentration explose littéralement. Partout où je suis passé, de l’Equateur à l’Argentine, ça s’est vérifié, surtout au Pérou. C’est vrai aussi pour les israéliens.
Mardi matin (j’ai dû faire un effort surhumain pour me souvenir que c’était un mardi, la notion de semaine a disparu depuis bien longtemps pour moi), je me joins à Marc, français de 62 ans, et Nicolas l’américain du Colorado, pour une randonnée au Cerro Otto, sommet qui surplombe Bariloche. Séverine et Rémy, de Montpellier, nous rejoignent aussi. On démarre dès l’hôtel, à travers la ville. Ensuite le chemin un peu quelconque, mais au bout de 3 heures nous arrivons sur un beau sommet enneigé, avec une belle vue sur le lac (un peu toujours la même, c’est vrai, mais on ne s’en lasse pas), et sur l’autre côté de la vallée.
Je redescends seul et très rapidement pour claquer une bise à mes irlandaises délurées avant qu’elles ne prennent leur bus pour Mendoza.
Le soir, une envie furieuse de fondue nous prend, Séverine, Rémy, Nicolas et moi. Pas compliqué, les restaurants à fondue foisonnent. Bon, on est quand même en Amérique du Sud, on ne s’attendait donc pas à du grand niveau. Et effectivement, il était difficile de faire la différence entre la fondue au fromage suisse et celle au camembert. Mais enchaîner la fondue au fromage avec celle au chocolat, ça c’était criminel …
Retour à l’hôtel le sourire figé et le ventre tendu. Il y a encore deux français en plus …
Mercredi, on loue une voiture pour profiter au maximum du must dans le coin : la route des 7 lacs. Cette fois Nicolas ne nous suit pas, on le remplace par Davy, un rennais. La voiture est donc 100% française. Ravi de conduire à nouveau, je m’installe au volant pour de longues heures. Comme prévu la route est magnifique, elle serpente entre les lacs, au milieu des sapins et montagnes enneigées au sommet.
L’asphalte finit par disparaître, on arrive sur une route en construction puis un chemin en terre. Plusieurs heures à rouler à 40 à l’heure, en zigzaguant entre les nids de poule, c’est un peu fatigant, mais le décor magique vaut le coup, et on croise bien peu de monde ici. Impression d’être au Canada, encore, ou en Alaska. Nous enchaînons les 7 lacs, et mitraillons de photos.
Nous retrouvons enfin l’asphalte. Un troupeau de vaches squatte la route, rapidement évacué par leur propriétaire, un fier et taciturne gaucho sur son cheval. Oups un contrôle de police. Ça va, tous les papiers sont en règle, mais nous avons droit à une fouille complète de la voiture, jusqu’à la moindre pochette, entre chaque billet de banque. Apparemment ils cherchent le sucre en poudre pour leur yaourt, mais on se marre et ils comprennent qu’ils n’auront rien à se mettre sous la dent.
On reprend la route, je fatigue et laisse le volant bien malgré moi à Marc, qui donne la gerbouille à tout le monde par ses coups de frein inutiles et violents, et accessoirement me stresse. Je me tiens prêt à sauter sur le volant à tout moment. La route touche à sa fin, et nous arrivons dans la charmante ville de San Martin de Los Andes, pour manger un bout et digérer toutes ces images emmagasinées. Au retour, je tente le coup « ah je suis en forme pour conduire ! » auprès de Marc pour qu’il me rende le volant, mais ça ne marche pas. Bon, hé bien je vais continuer de m’accrocher à la portière. Sur la route nous apercevons le volcan Lanin, véritable monstre blanc d’une beauté saisissante.
Je parviens finalement à reprendre le volant, après une nouvelle proposition diplomatique, et après que Marc nous ait rendus blêmes. Nous nous retrouvons sur la route que j’avais déjà prise entre Mendoza et Bariloche, sinueuse et splendide.
Le départ est pour demain matin déjà, à regret mais je manque de temps. Je prends le bus avec Séverine et Rémy pour El Calafate, récompense d’un voyage de 30 heures.
Il va falloir quitter ce petit cocon qu’est l’hôtel 1004, les gens sympas qui le tiennent, et tous les voyageurs rencontrés, les britanniques et Nicolas notamment.
Dans chaque endroit, au bout de quelques jours, j’ai la sensation d’être resté là quelque temps : je repense aux deux premiers jours et j’ai l’impression qu’il s’est passé un mois déjà, parce que j’ai fait beaucoup de choses, je me suis installé comme chez moi, et les voyageurs avec qui j’ai partagé des moments sont déjà partis depuis deux ou trois jours. Chassé-croisé à la fois désagréable, parce qu’on se fait des amis et qu’on les perd tout de suite, mais chassé-croisé garantie de nouvelles rencontres, de changement, de nécessité de rester ouvert à tout le monde. C’est une suite ininterrompue d’adieux (« Suerte, have a nice trip, give me your Facebook ») et de rencontres (« Hi, where are you from ? …).
De temps en temps, le hasard fait bien les choses, on prend le bus avec des nouveaux copains, on a la même destination et le même timing, pour quelques jours de plus. Là c’est le cas avec Séverine et Rémy.
On se retrouve dans 30 heures, si je ne suis pas complètement défait. Beaucoup plus au sud, dans un endroit mythique de la Patagonie.
Suerte amigo !
-
-
Les diaporamas (clique sur le titre de la photo)
By ComBoost - plein écran - albums - tirage photo - livres photos
mardi 24 novembre 2009
Inscription à :
Messages (Atom)









