Je suis reparti en Argentine ! Bientôt le nouveau blog ...
__________________ENCORE ET ENCORE DES NOUVELLES VIDEOS ICI !! _______________Tour en moto à Can Pho, Prière des moines bouddhistes ...
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lundi 14 juin 2010

Koh Tao et Railay pour un final en beauté

Je quitte Koh Lanta pour une journée très utilitaire et pas très agréable, avec pour seul but d’atteindre la frontière avec la Malaisie, sortir de Thaïlande et entrer à nouveau pour gagner 15 jours supplémentaires sur mon visa. La veille, j’ai passé une bonne partie de la journée à étudier les options, confrontant les infos du Lonely Planet avec celles que me donne un jeune employé de l’hôtel, très sympa et serviable mais pas très bien renseigné. Mais là ça y est, je connais mon itinéraire, mais je ne sais pas à quelle heure je m’arrêterai ce soir ni où je serai. Un peu d’incertitude et d’improvisation pour se sentir vraiment voyager …

Je prends un premier mini-van de 2h30 jusqu’à Trang, où j’ai juste le temps de me balader au marché. J’ai le plaisir de constater que les locaux me regardent, pas les yeux écarquillés mais quand même peu habitués à voir des touristes et se demandant ce que je peux bien faire ici. Le plaisir d’être hors des sentiers battus … Trois quarts d’heure plus tard je prends un autre minivan vers Hat Yai, plus au sud, où je descends au terminal de bus, attends une heure et prends un autre minivan vers Padang Besar, où l’on me dépose devant le poste frontière. Un tampon de sortie du pays, je contourne le bâtiment, un tampon d’entrée, et en cinq minutes c’est réglé, je peux rester 15 jours de plus en Thaïlande. Je me poste sur le trottoir d’en face, un peu dans l’incertitude sur les bus ou minivans qui vont passer là, j'attends 30 minutes en répondant aux écoliers hilares qui rentrent de l’école et me lancent des Hello. Un vieux bus public arrive, j’arrive tout juste à lire la direction sur le pare-brise et je monte à bord. Bien délabré, bien bruyant et polluant, comme il faut. J’arrive à Hat Yai en fin d’après-midi et décide de remonter un peu plus haut jusqu’à Trang, histoire d‘utiliser à fond cette journée bien pourrie mais sans vraiment savoir où je veux aller demain. J’arrive donc à Trang vers 20h après 12 heures passées dans les bus et terminaux. Je trouve un des rares hôtels un peu adaptés aux étrangers, et file au marché de nuit. Dans la rue, un mahout se balade sur son éléphant, tranquille, normal. Ce marché de nuit est un vrai plaisir, on trouve tous les délices de la Thaïlande et même plus, je suis le seul étranger et les gens me regardent, surpris ou amusés de voir un farang. Rassasié de brochettes et chargé de fruits que j’adore (mangostine, jackfruit, litchi …), je rentre à l’hôtel et essaie d’effacer cette longue journée de bus par une bonne nuit.

Au réveil je suis à nouveau d’attaque pour un nouveau trajet en bus. La destination : retour à la case départ, ou presque. Je repars à Krabi, près de Koh Phi Phi et Koh Lanta, pour rallier Railay. J’attrape de justesse mon bus, et deux heures plus tard je suis à Krabi. Le temps d’un petit trajet en pirogue, je débarque sur la plage, jette mes sacs sur le sable, et contemple le paradis où je viens d’arriver. Railay n’est pas une île, mais c'est tout comme puisqu’on ne peut y aller qu’en bateau, à cause des immense rochers qui clôturent le lieu. Et ces immenses parois rocheuses font de Railay un paradis de l’escalade. Mais pas besoin d’être un fan de grimpette pour profiter des lieux, c’est un vrai paradis. Une plage à l’ouest, une bande de terre de 300 mètres, une plage à l’est. De toutes parts, des parois rocheuses verticales et une végétation luxuriante.




Je m’installe à Railay Est, la plage accessible aux budgets modestes. Bordée par la mangrove, un peu boueuse, pas vraiment faite pour la baignade, mais bordée de petits bars, restaurants, commerces. Et Railay Ouest, la plage somptueuse mais aux hôtels très chers, n’est qu’à 5 minutes. Je passe quatre jours délicieux, bien qu’assez pluvieux à cause de la mousson qui commence, entre plage à Railay Ouest, plage à Pha Nang, photos, des couchers de soleil, piscine, grimpette dangereuse vers un point de vue, soirées avec tout un groupe d’expatriés irlandais-américains-québécois et thaïs qui vivent à Koh Lanta. Railay est mon petit paradis, mieux que Phi Phi et Lanta.




Le dernier soir, j’assiste enfin à un combat de boxe thaï, expérience à ne pas manquer ici. Sur un vieux ring pourri, dans un bar à 10 mètres de l’eau, un boxeur local affronte un vietnamien. Ça commence doucement mais ça monte rapidement en intensité. Ils se frappent violemment et se projettent dans les cordes, au son du commentateur qui lance des « Oh my Buddha, what happens ? Oh My Buddha !! ». Quand l’un se retrouve sur le dos de l’autre, « Oooh they are like a ladyboy ! ». Quand l’un jette l’autre dans les cordes, « Oooh they look like a monkey, oh my Buddha !». Une grand blonde qui n’a pas froid aux yeux, anglaise ou américaine, annonce le début de chaque round d’une manière, hummm ... très libérée.

Je dois quand même m’en aller, parce que les jours sont comptés. Je voulais m’enfiler le trio Koh Samui – Koh Pha Ngan – Koh Tao, mais il est clairement trop tard. Je voulais m’arrêter sur la côte est à Chumphon, face à Koh Tao, pour refaire du kitesurf, mais ce n’est pas la saison. Je choisis donc Koh Tao, qui sera l’ultime étape de ce voyage. Vingt minutes de pirogue, un débarquement hasardeux et périlleux dans la boue, et un minivan vient me chercher … il est vide ! Je me dis qu’on va prendre d’autres passagers plus tard, sur la route, mais non je me retrouve comme dans un taxi privé pendant quatre heures de route jusqu’à Chumphon. Dommage que le chauffeur ne parle pas un mot d’anglais. Sur la route, je verrai une des rares images exotiques de vie locale : des singes accrochés à l’arrière d’un pick-up chargé à ras bord de noix de cocos. Le pick-up roule vite, et les singes tiennent sur une minuscule barre de fer, accrochés à une chaînette, et apparemment pas stressés.




Après une pause dans le resto de l’agence, je suis emmené avec deux hollandais vers l’embarcadère du bateau, pour une nuit sur les eaux vers Koh Tao. C’est un vieux rafiot, il y a juste une grande pièce avec des matelas entassés pour dormir. Je trouve par chance un lit suspendu au plafond, qui m’évite d’être collé à quelqu’un et d’avoir le nez sous son aisselle.

Le bateau accoste à 5 heures du matin, je ne sais pas trop bien où je veux aller. Je pense bien à Tanote Bay, sur la côte est qui regroupe les plus belles plages, mais c’est apparemment isolé de tout et les taxis coûtent très cher à cause des routes défoncées, lesquelles dissuadent fortement l’utilisation d’un scooter. Donc je comate un moment sur les marches du 7 Eleven, en attendant que le jour se lève, et finis par me décider à prendre une chambre pas chère ici même près du port, pour une nuit en attendant d’avoir les idées plus claires. Je prends un bungalow chez Mr J, apparemment un homme haut en couleurs et connu pour sa foi inébranlable en la réincarnation. La réception de l’hôtel est pleine d’A4 plastifiés développant ses thèses, et on en trouve même en ville, sur des poteaux. Même le Lonely Planet en parle et recommande de le lancer sur le sujet, malheureusement il est en vacances.




Je me lance dans un petit tour de la ville et je tombe sur le shop de plongée Blue Diamond que l’on m’avait recommandé. Koh Tao est réputée pour la plongée (à juste titre ?), et depuis le temps que je contente du gentil snorkeling, je suis très tenté. Le gérant ne parle pas un mot d’anglais, mais appelle tout de suite un instructeur français, qui rapplique tout de suite et m’explique tout sur le cursus Open Water, me dit tout le mal qu’il pense des gros shops de plongée à Koh Tao, et me donne plein d’infos diverses sur la vie locale. Je suis convaincu et signe, d’autant que je vais profiter d’un cours privé pour le prix normal. Et le bungalow m’est offert pendant quatre nuits, pratique assez classique ici.

Je déménage donc à Blue Diamond, et entame un cours particulier de quatre jours de plongée. La salle de cours est à 10 mètres de mon bungalow, la mer est transparente, le ciel est bleu … Quelques heures de cours et de quizz, quatre plongées entre 12 et 18 mètres. Je n’ai pas vu les plus beaux sites, les couleurs étaient là sans être impressionnantes, mais quelle sensation magique de plonger avec la bouteille !

Entre deux cours je vais marcher le long de la côte, sur un petit sentier entre végétation et rochers, et je tombe sur une plage splendide, déserte si j’oublie deux filles qui bronzent. Il y a des bungalows mais ils sont tous vides. Je m’offre 30 minutes de snorkeling dans l’eau transparente, et reste un moment sur la plage pour contempler cette vision du paradis.




Je passe une soirée sympa devant une sorte de kiosque qui fait office de bar, au bord du trottoir, avec deux jeunes français et un suisse. Une fois la certification de plongée en poche, je profite du dernier jour pour louer un scooter et explorer le peu qui peut l’être. La plupart des routes sont très pentues et pleines de terre, les accidents sont nombreux, et les loueurs se font un plaisir de facturer des sommes monstrueuses pour la moindre rayure. Et comme mes deux légers accidents au Cambodge m’ont causé pas mal d’ennuis directs et indirects, je ne veux pas prendre le risque et je reste sur les routes faciles qui ne permettent de voir que le sud, la côte ouest (la moins belle), et l’ïle Nan Yuang au nord. Les rares pentes raides que j’ai descendues, en tentant un tour vers les belles plages de l’est, m’ont donné des frissons. J’arrive quand même à découvrir des plages somptueuses et désertes, des bungalows donnant sur l’eau, des sites de snorkeling. Même si j’ai dédié mon passage à Koh Tao à l’apprentissage de la plongée, je suis un peu déçu d’être passé à côté de ça. Les îles voisines Koh Samui et Koh Pha Ngan sont réputées plus belles, mais à Koh Tao aussi on peut trouver des petites criques paradisiaques.




Le lendemain je profite encore un peu du scooter pour retourner sur la magnifique plage de Ao Chalok au sud, et je vais prendre le bateau rapide vers la côte vers Chumphon pour ensuite prendre un train de nuit. A partir de là, une ligne droite se trace :
- Bangkok le 14 matin
- Londres le 15 matin
- Home sweet home le 15 dans la journée.

Je ne quitte pas la Thaïlande avec d’énormes regrets. Malgré la beauté des îles, ce n’était vraiment pas le pays le plus marquant pour moi. Mais en quittant la Thaïlande je termine ce voyage. J’ai eu beau y penser sans arrêt dans les derniers jours, j’ai quand même eu du mal à réaliser que la fin approchait. De Quito à Koh Tao, presque un an s’est passé. Je savais que le voyage passerait vite, et ce fut le cas, mais quand je regarde en arrière, cette année a duré comme deux années. Les aventures des premières semaines, des premiers mois, paraissent s’être passées dans une vie antérieure.

Pas de bilan tout de suite, c’est encore trop chaud. Le voyage s’arrête, le blog continue encore un peu, histoire de livrer une petite vidéo inédite et de mettre noir sur blanc ma digestion de tout ça … alors ne décroche pas tout de suite et reviens ici !
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samedi 5 juin 2010

Un petit tour du côté du paradis

Après une après-midi suffocante dans Bangkok apaisée (de force), je monte dans un bus de nuit, direction le sud, direction les îles. Il me reste presque trois semaines, j’ai décidé de les passer intégralement dans ces endroits de rêve, histoire de me reposer et de prendre le temps de repenser aux onze mois qui se sont écoulés. Exit la Malaisie et l’Indonésie, qui auraient fait de cette fin de voyage une vraie course contre la montre, l’antithèse du voyage pour moi. Toute la difficulté est maintenant de choisir sur quelles îles paresser, sachant que je devrai descendre jusqu’à la frontière malaisienne pour gagner 15 jours sur mon visa.

Une nuit plus tard, après un voyage pénible à cause d’un type pénible qui a soûlé le bus toute la nuit en parlant, et moi le premier puisque j’étais à côté, j’arrive à Krabi, sur la côte ouest appelée côte Andamane. J’avais entendu dire que c’était un beau coin, mais ma première vision n’est pas très réjouissante, et le Lonely Planet, consulté un peu tardivement, me confirme qu’il n’y a pas grand-chose à y faire. Par contre, à proximité immédiate se trouvent quelques-uns des plus beaux joyaux de la Thaïlande, à commencer par Koh Phi Phi. Donc je prends tout de suite mon ticket pour la traversée en bateau, et deux heures plus tard le bateau accoste au port. En route j’ai rencontré Steffi, une allemande qui voyage quelques mois en Asie.

Koh Phi Phi est une légende, autant pour sa beauté façon « carte postale », que pour avoir été ravagée par le tsunami en 2004. Au premier abord je ne suis pas impressionné, même si le temps couvert explique que la couleur turquoise des eaux ne soit pas au rendez-vous. La concentration touristique du village Hat Tonsai, concentration en agences de tourisme, restaurants, hôtels, bars … est là aussi pour casser le charme. En s’égarant dans des petites ruelles, on trouve tout juste une vraie vie locale. Après s’être sorti du labyrinthe de ruelles piétonnes, au rythme des « Phi Phi !» des locaux qui veulent se frayer un chemin en vélo, Steffi et moi trouvons une chambre basique à un prix abordable, c’est un soulagement au vu des prix pratiqués sur l’île. Une fois installés, on file voir la plage opposée au port. Koh Phi Phi est la carte postale parfaite parce que c’est un isthme de sable qui relie deux rochers immenses. Dans le village il y a donc deux plages distantes de 100 mètres à peine, surplombés par des rochers remplis de végétation. Mais aujourd’hui la carte postale n’est pas évidente. On attendra le soleil pour voir l’eau d’une couleur magique.

Après un dîner rapide au marché local, où même là les prix du continent sont multipliés au moins par deux, on fait un petit tour nocturne sur la plage, conquise par les bars qui rivalisent en lumières et en spectacles de feu. Le spectacle classique de l’ultra-tourisme … Et je vais m’écraser dans mon lit, après 40 heures sans sommeil.

Le lendemain, après avoir difficilement trouvé un petit-déjeuner à prix abordable, direction le port pour une journée de snorkeling. Nous avons réservé le tour classique d’une journée, qui fait le tour des îles voisines et des sites de snorkeling. Entassés à douze dans une pirogue, on commence par le petit arrêt obligé sur la plage aux singes, pour leur donner des bananes du bout des doigts. On continue vers un premier site de snorkeling. Evidemment ça ne vaut pas la vraie plongée, activité reine sur les îles, mais même avec un simple tuba, les poissons et le corail sont magnifiques. Au bruit assourdissant du moteur, on navigue vers Bamboo Island, plage splendide aux eaux turquoises et sable fin pour déjeuner.




On enchaîne un ou deux sites de snorkeling, pour terminer par le clou de la journée, une petite marche sur Phi Phi Leh pour arriver sur Maya Bay, la fameuse plage où a été tournée le film The Beach. Difficile de la reconnaître puisqu’elle avait été trafiquée au montage, avec un rocher supplémentaire pour donner l’impression qu’elle est quasiment fermée. Alors qu’en réalité elle est largement ouverte sur la mer. Mais cet endroit reste splendide, la plage est coincée entre de gigantesques rochers. Manquent encore les eaux turquoises, à cause du temps couvert, arrrgh !




Retour sur Phi Phi Don, où nous passons la soirée avec un jeune couple néo-zélandais, découvrant des pittoresques bars de plage et luttant contre la fatigue d’une longue journée sur la pirogue. Le lendemain nous prenons notre courage et notre bouteille d’eau pour monter au point de vue qui domine le village Ao Ton Sai et le fameux isthme. La montée est courte mais riche en transpiration, et en haut la récompense est bien là. La vision de l’île parfaite, la carte postale que l’on avait dans un coin de notre mémoire, la couleur magique de l’eau, l’isthme de sable presque trop beau pour être vrai qui relie deux plages arrondies, les rochers majestueux qui dominent le tout, et le soleil enfin éclatant.




Sur ce point de vue, on trouve une photo montrant le triste spectacle juste après le tsunami. Bien sûr il ne reste presque plus aucune trace de la catastrophe, sauf quelques débris dans les zones de vie locale, cachées derrière les ruelles touristiques. Et de nombreux restaurants affichent leurs propres photos, remerciant tous les touristes qui étaient là et ont aidé à la reconstruction.

Nous redescendons et marchons une demi-heure le long de la côte, longeant les bungalows cachés dans les arbres, jusqu’à Long Beach, bien plus belle que les plages principales et très calme en cette saison basse. Une après-midi de vrai farniente comme je n’en ai pas eue depuis longtemps, entre lecture et baignade dans les eaux chaudes couleur turquoise. De retour au village, je prends une initiation gratuite à la plongée dans une micro-piscine, histoire d’avoir une première sensation avant de dépenser des fortunes. A l’horizon de mon voyage pointe Koh Tao, ultra-réputée pour ses sites de plongée … On retrouve le couple néo-zélandais dans un petit restaurant de plage, mais la soirée se fait finalement très courte.

Dès le lendemain, nous quittons Koh Phi Phi, en ayant peut-être manqué quelques beaux coins isolés, mais je reste sur ma faim par rapport à sa réputation, et je veux avancer. Les jours sont comptés, je suis bien obligé d’y penser et de calculer. Direction une autre île très réputée, Koh Lanta, située à une heure de bateau. Les rabatteurs des guesthouses n’attendent pas gentiment que l’on débarque sur Koh Lanta, ils sont déjà à l’œuvre dans les rues de Koh Phi Phi, démarchant toute personne qui se balade avec ses bagages. Ils proposent tous des hôtels sympas avec piscine, en bord de mer bien sûr, à des prix deux à trois fois inférieurs à ceux de la saison haute. Ce n’était pas calculé, mais je me rends compte que je n’aurais pas pu voyager longtemps dans les îles si j’étais venu après la mousson et non avant. Je subis peut-être la chaleur écrasante depuis trois mois, mais il y a des avantages. Nous avons donc l’embarras du choix, quatre dépliants plus beaux les uns que les autres en main, avec l’assurance de ne payer que 5$ la nuit chacun.

Arrivés à Koh Lanta, nous sommes bien sûr pris en charge par l’hôtel que nous avons choisi. Changement total de décor, Koh Lanta est une île beaucoup plus grande, avec des routes larges et des voitures, et surtout une vraie vie locale. Et l’exploitation touristique paraît plus faible ici, malgré les innombrables panneaux indiquant les resorts cachés au bout des chemins. Installés dans notre petit bungalow avec TV et frigo (un luxe), nous pouvons profiter des lieux et surtout de la belle piscine devant la plage, et nous rendre compte que la plage n’est pas terrible. Enfin à ce prix-là, difficile de tout avoir, j’ai rarement eu autant de confort pendant mon voyage. Nous rencontrons Mickaël et Aurélie, un couple français qui rentre de trois ans passés en Nouvelle-Zélande. Nous partons marcher le long de la route, sans but précis mais pour découvrir les alentours, et sommes embarqués dans le tuk-tuk de trois femmes hilares qui vont vers le marché. La première impression en arrivant à Koh Lanta, c’est de voir combien la communauté musulmane est présente, et peut-être même majoritaire. On voit de nombreuses femmes voilées, même de très jeunes filles le sont, et l’on voit régulièrement des niqab. Déjà à Koh Phi Phi j’avais été frappé par le nombre de femmes voilées, mais c’était sans comparaison avec Koh Lanta. C’est toujours surprenant lorsque l’on n’a pas visité des pays comme la Malaisie et l’Indonésie, et que l’on a encore une image classique de l’Asie, associée au bouddhisme. Mais islam et bouddhisme semblent cohabiter paisiblement, et on ne sent aucune barrière, même avec les étrangers aux tenues légères.

On arrive donc au marché, et là on ne résiste pas, on goûte à tout ce qui se présente, fruits exotiques, pâtisseries encore jamais vues ailleurs en Thaïlande (et visiblement liées à la culture musulmane). On ne sent pas sur une île touristique, l’ambiance est très détendue et les gens souriants. Nos trois femmes hilares nous attendent dans leur « side-tük-tük », on repart vers notre hôtel. C’est amusant de voir qu’en Amérique du Sud et en Asie, chaque ville a ses propres engins originaux en guise de taxi, souvent basés sur une mobylette mais presque toujours différents. D’une ville à une autre, quelquefois peu éloignées, on trouve des mototaxis ou tük-tüks différents, mais tous strictement identiques à l’intérieur d’une même ville.




Onze mois de voyage m’ont habitué à ce que rien ne soit jamais désintéressé, et surtout pas les propositions de transport, et pourtant là elles ne nous demandent rien, alors on leur paie l’essence spontanément et avec plaisir. La journée se termine tranquillement entre piscine, dégustation du pad thaï acheté au marché pour presque rien, et un petit Uno pour réveiller le cerveau bercé par tant de douceur de vivre.

Le lendemain, on négocie sèchement le prix des scooters avec le patron taciturne de l’hôtel qui nous prend pour des cons, et on part explorer l’île. Premier arrêt au centre de l’île, dans un resto qui donne un point de vue magique sur la côte est, avec de nombreuses îles au large, de la verdure partout, et une eau bleue à se noyer les yeux. On savait que notre plage sur la côte ouest n’était vraiment pas la meilleure, mais là le contraste est raide.




On descend vers la vieille ville Ban Lanta. On se retrouve dans un petit village épargné du tourisme, endormi au bord de l’eau, aux maisons chinoises en bois plus authentiques les unes que les autres, un calme et une sérénité absolus. On visite d’abord Hammock House, le magasin le plus réputé en Thaïlande pour ses hamacs. Il y en a de toutes les sortes, toutes les couleurs, dans une superbe boutique en bois. C’est tentant mais ça risque de peser très lourd dans mon sac, et je ne vois pas bien où l’attacher chez moi (ou bien ai-je déjà oublié à quoi ressemble mon appart’ ?).

On se balade sur la très longue jetée, puis sur le petit marché du dimanche, encore plus charmant que celui de la veille. Là encore on goûte à tout, on essaie de se faire expliquer ce qui est devant nos yeux mais à peine une personne sur vingt baragouine quelques mots donc il faut prendre des risques, heureux … ou pas. On repart sur la magnifique route côtière vers le sud, qui se termine par un hôtel un peu désert avec des bungalows perchés dans les arbres. On ne peut malheureusement pas faire le tour complet par le sud, il n’y a plus de route, donc retour vers le nord en longeant les plages splendides, en jetant un coup d’œil au bleu magique de la mer, en admirant aux îles au large. Un petit arrêt pour Mickaël et Aurélie devant une maison qui propose des treks en éléphant, pour se rendre compte qu’ils ne paraissent pas très bien traités, donc on repart et on s’arrête devant l’Ecole des Singes, qui propose un spectacle très cher et apparemment attrape-touristes, donc on repart et on s’arrête pour une petite balade au milieu de la mangrove, un milieu étonnant bien qu’assez boueux. Les tours en kayak proposés dans la mangrove puis sur les îles sont tentants mais encore une fois très chers malgré l’énorme remise de basse saison. En Thaïlande je ne comprends décidément pas l’écart entre le coût moyen de la vie et le prix des tours organisés, même lorsqu’ils manquent cruellement de clients.

On fait le tour de l’île par le nord, on traverse la ville principale, on profite du 7 Eleven (la drogue du touriste en Thaïlande, le petit lien avec le confort occidental). Après un court arrêt à l’hôtel, je repars seul au restaurant Time for Lime, réputé pour ses cours de cuisine. C’est un endroit très cozy et plein de bon goût au bord de la plage, tenu par des expatriés. Je profite du wifi, de la margarita au lemongrass, du coucher de soleil, de l’excellente cuisine fusion avec Mickaël, Aurélie et Steffi qui m’ont rejoints, et passe une soirée juste idyllique grâce à la classe de ce lieu. Dans les pays pauvres, on mange local pour le dépaysement et soigner le portefeuille, mais on cherche aussi les lieux spéciaux tenus par des expatriés pour se sentir vraiment bien. On ne renie pas ses origines et ses goûts …




Le lendemain est une journée tranquille, entre petit-déj’ dans une pâtisserie française décevante, piscine, balade sur la longue plage, mon gros bouquin enfin fini, un peu d’écriture, et une soirée relax au bar voisin. Le surlendemain … aussi. Je renonce à reprendre un scooter, les yeux peut-être trop fixés sur mon budget de fin de voyage, et je glandouille tranquillement à l’hôtel, profitant un peu de TV5 Monde (pour me réacclimater progressivement !) et faisant exploser ma stat’ des cafards écrasés.

Je quitte Koh Lanta le surlendemain et quitte Steffi. Mon objectif n’est pas des plus réjouissants : aller jusqu’à la frontière malaisienne pour obtenir 15 jours de plus sur mon visa. L’assurance d’au moins une journée complète en bus ! J’avais prévu de m’en rapprocher en visitant Koh Tarutao ou Koh Lipe, mais en cette basse saison on m’a dissuadé d’aller m’enterrer sur ces îles. Tiens voilà une réflexion que je me faisais récemment, il y a un inconvénient à voyager seul, on fait souvent des choix moins audacieux, on ne sort que modérément des chemins battus, par peur que ce soit compliqué ou de se retrouver vraiment seul. Ou peut-être faut-il plus d’un long voyage pour passer ce cap et tout oser ?
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dimanche 23 mai 2010

Dolce vita à Pai

Je quitte enfin Chiang Mai après trois petits jours, et avec Natalia je pars vers Pai, plus haut dans les montagnes. Le minivan tourne et nous ballotte dans les virages sinueux pendant trois heures. A l’arrivée une bonne et une mauvaise surprise. La bonne c’est que c’est mignon comme tout, touristique mais mignon ; la mauvaise c’est qu’il fait aussi écrasant de chaud qu’à Chiang Mai, alors que nous espérions y trouver un peu de fraîcheur. Nous nous installons dans une guesthouse recommandée par Benjamin et Chloé, croisés et recroisés au Cambodge et à Bangkok. Recommandée surtout pour son propriétaire australien très sympa et serviable, et ça se confirme. Entre autres infos utiles sur la ville, il nous indique un bar-piscine. Après le bonheur de la trempette de la veille, on n’hésite pas et il nous emmène gentiment dans son hybride de tuk-tuk et side-car, en faisant des détours dans le centre pour tout nous montrer.

Arrivés là-bas, on trouve une piscine vraiment grande, dans une ambiance très cool, et qui voit-on barboter dans l’eau ? Raphaël et Eva, qui ont quitté Chiang Mai quelques jours avant nous et devaient normalement quitter Pai aujourd’hui. Une après-midi de glandouille rafraîchissante plus tard, nous rentrons en ville, et prenons chacun un scooter. A moins de 3 $ la journée, ce serait dommage de se priver.

Petit resto sympa, pendant lequel nous vivions notre premier black-out. A Pai, au moins une fois par jour et parfois pendant des heures, il y a une coupure complète de l’électricité. Donc plus d’eau fraîche à boire, plus possible de se réfugier sous la clim’ des magasins 7 Eleven … et pas d’eau au robinet non plus donc pas de douche ! La veille la coupure avait duré 9 heures, on prie pour ne pas subir ça pendant notre séjour. On termine dans un bar bien animé, et après un passage au cybercafé, au lit sous le tourbillon de deux ventilateurs, pour être sûr de bien couvrir toute la surface du lit ...

Le lendemain je découvre que j’ai encore attrapé un nouveau problème de santé, sous forme d’éruption faciale très disgracieuse. Comme si je n’avais pas assez cumulé récemment … Un peu inquiétant mais j’accompagne quand même Natalia pour l’activité qui l’obsédait, monter à dos d’éléphants. Direction la campagne et la rivière sur nos scooters, on choisit la ferme qui nous inspire parmi toutes celles alignées, et c’est parti pour 1 heure 30 de balade en éléphant, sans la moindre nacelle à touristes. Monter dessus est déjà impressionnant, on pense qu’on va tomber alors que l’éléphant ne bouge pas d’un poil et qu'il sent probablement l’équivalent d’une fourmi lui marcher sur le dos. Et les premiers mètres ne sont pas rassurants, on pense qu’on va basculer d’un côté ou de l’autre, mais l’éléphant est tellement large, on a les jambes tellement arquées sur chaque flanc, qu’en fait on est bien calé. Enfin, pas super confortable non plus, et les énormes poils, visibles seulement de près, grattent monstrueusement. On arrive dans la rivière, le mahout nous conseille de lui confier toutes nos affaires, et au premier ordre l’éléphant nous envoie valser dans l’eau brune de la rivière. Le fond est très mou et vaseux, on préfère ne pas savoir ce que c’est. Vingt bonnes minutes à grimper sur le dos de l’éléphant, faire du rodéo, valser à l’eau, grimper encore, se faire arroser par la trompe … On finit par rentrer à la ferme, et on peut repartir trempés sur nos scooters, une odeur corsée d’éléphant sur nos fringues.




On s’offre un détour par la campagne alentour, et on rentre en ville pour s’enfiler un fried-rice et se glisser dans la piscine salvatrice, où nous attendent déjà Raphaël et Eva. Quatre heures et cinquante ronds dans l’eau plus tard, on repart en scooter pour explorer une cascade, dommage elle est sèche, et pour monter vers un temple sur la colline, pour profiter d’une vue magnifique sur Pai, sur la montagne d’en face, et le soleil qui surgit d’entre les nuages, après une petite pluie qui fait toujours plaisir à voir par cette canicule. Le temple n’est pas spécialement beau, mais on y trouve des peintures murales impressionnantes, qui montrent des scènes de torture et d’extermination par différents moyens, comme une photographie de l’enfer. Première fois que je vois ça dans un temple bouddhiste …




Encore quelques kilomètres pour atteindre la cascade plus réputée, un énorme rocher où les enfants Thaï se jettent comme des inconscients dans les petites piscines. Sur la route de la cascade, en traversant un village, toutes les femmes nous font signe qu’elles vendent de quoi fumer, herbe ou opium. Absolument toutes et quasiment à ciel ouvert, c’est effarant quand on voit la répression qui existe et les risques pour ceux qui se font attraper. D’ailleurs la police ferait souvent des contrôles dans le coin, fermant sûrement les yeux sur les vendeurs locaux qui arrondissent les fins de mois, et se concentrant sur le touriste à qui on fera cracher des milliers d’euros, de la main à la main bien sûr.

Retour en ville, petit stress au moment de prendre la douche à cause d’une nouvelle coupure générale (éléphant du matin + transpiration : état sanitaire préoccupant), et on repart vers la guesthouse de Raphaël et Eva, où l’on retrouve par chance François, Damien et Elise, les savoyards rencontrés quelques jours plus tôt à Chiang Mai. On passe donc une soirée tranquille, ponctuée par les aller-retours au 7 Eleven pour acheter des bières et profiter de la clim’ un moment. Je finis par me sentir brutalement fatigué et avoir même froid alors qu’il fait encore 30°C à minuit. Je rentre donc rapidement et m’enfouis sous mes draps sans allumer la ventilo, espérant faire passer le mauvais trip. Le matin, le diagnostic est clair, je suis tombé malade, en plus du « problème facial » apparu la veille. Avec tous les accidents, chutes, infections et autres depuis plus d’un mois, ça commence à faire beaucoup. Faut-il y voir un signe ? Une accumulation de fatigue qui m'exhorterait à terminer ce voyage ?

Toujours est-il que je n’ai pas la grande forme. La journée se passe tant bien que mal autour de la piscine, de plus en plus bondée. Et le soir je ne trouve pas la force de rejoindre les autres, m’écrasant au lit pour plus de 12 heures. Le lendemain, quasiment tout le monde s’en va, sauf Damien et Elise. Je déménage dans la même guesthouse, plus sympa, et passe une nouvelle journée de glandouille en attendant que ça aille mieux. J’aimerais rester quelques jours à Pai, mais je me décide à rentrer à Chiang Mai pour trouver un hôpital moderne, où l’on me confirme le diagnostic infection + allergie. Ben voyons, ça devient une habitude. Enfin je me sens déjà mieux … on ne peut pas en dire autant de la situation politique en Thaïlande ! La situation a dégénéré à Bangkok, et de petits incidents éclatent dans le nord du pays, d’où sont originaires les Chemises Rouges qui sont essentiellement des paysans. En voulant me rendre à la gare pour acheter mon billet, je suis bloqué devant un pont où brûlent des pneus, avec des policiers prêts à intervenir. Un expatrié me dit qu’un coup de feu a été tiré sur un manifestant qui voulait mettre le feu à la maison du gouverneur.

Là je ne sais plus comment faire, je suppose que la gare ne fonctionne pas. L’avion vers le sud coûte un peu trop cher (et je ne veux pas y arriver trop vite à cause de mon infection). Le soir on annonce un couvre-feu à 21h, il ne manquait plus que ça. Je décide de descendre doucement vers le centre puis vers le sud en bus, avec plusieurs petites étapes, pour me laisser le temps de guérir et en espérant que Bangkok se calme. Malgré mon overdose, et la promesse que je m’étais faite, l’étape suivant sera faite de temples, je n’ai rien trouvé d’autre sur la route ! Et qui sait, je trouverai peut-être enfin un charme à la Thaïlande qui pour l’instant me laisse de glace, exceptée l’ambiance relax de Pai … vivement les îles !!
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jeudi 29 avril 2010

De plage en île en plage ... la côte du Cambodge


Après quatre jours pas désagréables à Phnom Penh malgré la fournaise, j’attrape un bus pour foncer vers la côte, et la promesse de longues et belles journées. Demain c’est le nouvel an Khmer, le bus est plein de cambodgiens habillés sur leur 31 pour rejoindre leur famille. Pour moi ce sera la troisième fois que je « fête » le nouvel an, après celui du 31 décembre et le Têt vietnamien. A chaque fois des inconvénients, des bus pleins, des prix gonflés, ça devient lourd …

Mon objectif est Kampot. Cette petite ville n’est pas exactement sur la côte mais toute proche, au bord d’une rivière. Elle ne manque pas de charme avec ses vieilles villas françaises, et elle est surtout connue pour sa production de poivre, vert quand il est jeune ou noir. Avec les fruits de mer à profusion sur la côte, c’est la promesse d’une gastronomie à faire saliver …

J’y arrive vers midi, sous un soleil écrasant, et m’installe dans une belle petite guesthouse où doivent me rejoindre Fiona et Jola, rencontrées la veille à Phnom Penh. En déjeunant au bord de la rivière, je rencontre Estelle, française qui étudie à Bangkok, Zoé grecque et Yul, hollandaise. Elles veulent louer un scooter pour l’après-midi, pour aller voir une grotte et une cascade. C’est le genre d’idée à laquelle je ne résiste pas. Après un petit tour de la ville pour constater qu’elle est très endormie, nous louons trois scooters mais Yul se sent subitement très mal, apparemment une réaction digestive ultra-rapide au déjeuner tout juste avalé. Je pars donc seulement avec Estelle vers la grotte de Phnom Chnork. Après quelques kilomètres d’une route chargée, étroite et chaotique, nous entrons sur un chemin de terre qui s’enfonce dans la campagne. Le paysage est splendide, fait de rizières aujourd’hui asséchées, de palmiers, et de maisons traditionnelles cambodgiennes encore plus belles que d’habitude.



A force de demander notre direction sur ce chemin plein de trous, un jeune garçon qui parle tout juste anglais se propose d’être notre guide. On sait vaguement qu’on en aura besoin, donc il laisse son vélo sur le côté et monte derrière moi sur le scooter. Cet endroit est magique, mais il faut surtout se concentrer sur le chemin défoncé. Nous arrivons à la grotte, et notre jeune guide a ameuté deux de ses copains qui parlent bien anglais. Nous entrons donc avec trois jeunes tchatcheurs qui se débrouillent pas mal comme guides, nous montrant les formes d‘animaux formées dans la roche par les ruissellements. Pas beaucoup plus à voir, à part une belle vue sur les rizières et palmiers alentour. Nous repartons par le même chemin à travers les rizières, je dépose notre guide qui a gagné son dollar, et repartons vers Kampot. Direction la cascade de l’autre côté de la ville. Comme il n’y a pas moyen de la trouver, et que personne sur le bord de la route ne parle anglais, nous montons en haut de la colline avec les scooters pour une vue spectaculaire. Au bord de cette route raide, quelques baraquements très pauvres, des adultes et des enfants plus enthousiastes que jamais à nous lancer des « Hello ! ». C’est amusant de voir qu’au Cambodge, dès que l’on s’éloigne quelque peu d’une ville ou d’une route, immédiatement on déclenche dix fois plus de réactions et de sourires, comme si l’on passait dans un endroit reculé où ne passe aucun étranger. Ici ce n’est pas loin d’être le cas, les enfants sont enthousiastes mais quand même un peu farouches, n’osant pas nous approcher de trop près.




Nous roulons vers Kampot en pleine nuit, aveuglés par les cendres qui volent à cause des champs en feu sur les côtés. Dans la guesthouse, je retrouve Fiona et Jola qui viennent d’arriver, accompagnées de Markus, un allemand qu’elles connaissent depuis les 4000 îles au Laos. Nous sommes rejoints par Estelle, Zoé et Yul, et à sept donc nous partons dîner dans un restaurant local, un des rares ouverts à cause du Nouvel An. Puis nous marchons à travers la ville obscure, presque démunie de lampadaires, et tombons sur une petite boum avec plein de jeunes cambodgiens qui dansent comme des fous sur de la techno commerciale crachée par une sono braillarde. Forcément ils veulent qu’on danse avec eux, qu’est-ce qui pouvait leur faire plus plaisir que des étrangers à leur boum ? On se force un peu parce qu’il faut bien, et un peu pour le fun, et on prend congé pour rejoindre un bar tenu par des anglais, dans une rue calme et sombre. Encore des occidentaux, jeunes ceux-là qui se sont expatriés au Cambodge, et dans un coin très très calme, cela fait réfléchir.

Le lendemain est encore une journée scooter, sans Estelle qui nous quitte. Nous décidons d’aller au sommet de la montagne Bokor, où se trouvent les ruines d’une ancienne station de vacances pour les colons français, abandonnée à l’arrivée des Khmers Rouges et laissée à l’abandon depuis. Au pied de la montagne un péage-racket nous déleste de 5 $ chacun, et nous nous engageons dans l’ascension, d’abord sur une belle route asphaltée, puis sur un chemin en terre de plus en plus défoncé, reste de l’ancienne route. Première constatation, nous ne sommes pas seuls, de nombreuses voitures montent également, à bord de gros 4x4 pour la plupart. Probablement des familles réunies pour le Nouvel An, qui viennent visiter Bokor pour la journée. Heureusement on peut facilement les doubler dans la montée, parce que c'est le défilé, et le pire est à venir ...

Le chemin est de plus en plus dur et encombré par les voitures, jusqu’à ce que nous arrivions au sommet de Bokor. Là grosse déception, la cité fantôme recèle très peu de villas, seulement une église, un ou deux bâtiments, et au loin un énorme bâtiment qui a l’air d’attirer tout le monde. Petit tour dans l’église entièrement taguée, et séance photo avec une vue fantastique sur toute la côte et les îles au large.




Pendant ce temps les voitures continuent d’affluer, et le sommet de la montagne devient un gigantesque embouteillage. On se rapproche comme on peut du grand bâtiment, zigzaguant entre les voitures et les grosses pierres. On gare les scooters comme on peut, et on traverse un terrain vague en passant devant une des nombreuses familles qui pique-niquent et veut nous faire goûter un peu de leur mixture, à l’apparence spéciale mais excellente. Ce grand bâtiment est en fait l’ancien casino-hôtel, à l’architecture imposante et prestigieuse. La façade tire une sale tête, mais l’édifice tient parfaitement debout, défiant le temps. Et le plus grand jeu de tous les cambodgiens, et nous aussi bien sûr, est de se balader à l’intérieur pour admirer ce vestige d’un autre temps, celui de la présence française et du luxe.

Et comme il fait chaud à l’extérieur, les familles s’installent à même le sol, pourtant très sale, de ce qui devait être un grand salon. Le sol est très sale, on frôle les 100 décibels tellement il y a de monde, mais ils sont contents de pique-niquer là, dans le plus pur style asiatique. Et qui dit gastronomie asiatique dit : on fait des miracles culinaires avec presque rien, et en respectant l’hygiène alimentaire malgré la saleté ambiante. Certains font carrément griller des poissons sur un mini-barbecue à même le sol, on salive. A l’extérieur du bâtiment, le monde est encore plus fou, le parking vert est envahi de voitures garées dans tous les sens, les familles pique-niquent n’importe où, dans des positions qui nous paraissent contraires au plaisir.



C’est plein, engorgé, on s’y sent déjà oppressé, mais les voitures continuent d’affluer. Je n’ose pas imaginer le gigantesque embouteillage quand ils décideront de repartir, et justement il paraît y avoir un bon créneau, donc on enfourche les scooters et on démarre. Joie de courte durée, 200 mètres plus loin, le chemin est paralysé, par les gros 4x4 qui essaient de se croiser sur ce chemin défoncé et étroit. Deux ou trois policiers font vaguement la circulation mais ne servent à rien. Tous les cambodgiens coincés dans leurs 4x4, essayant d’atteindre le sommet, semblent trouver ça normal, personne ne régule ou ne limite le flux de voitures. Un 4x4 bloque même toute la circulation, moteur qui fume. Nous là dedans on essaie de se faufiler, de doubler, d’éviter les grosses pierres, de préserver le scooter, de ne pas tomber, et on se prend des tonnes de poussière dans les bronches. Derrière Zoé et Yul sont à deux sur leur scooter, et débutantes, elles dégustent. On s’extirpe lentement de tout ça, on redescend la montagne, accueillant l’asphalte comme une oasis. Je me dis que ce n’était ni l’endroit ni le jour pour un débutant de s’initier à moto, comme Zoé par exemple.

J’arrive à la barrière en bas largement en avance, avec Fiona, et nous attendons longuement les autres, beaucoup trop longuement. Finalement Jola et Markus arrivent et nous apprennent que Zoé et Yul sont passées devant nous dans une voiture, direction l’hôpital. Elles ont chuté plus haut, et Zoé s’est méchamment ouvert la jambe. Intuition malheureusement juste de ma part, mais j’avais prévenu les autres qu’une journée mal démarrée, avec deux ou trois bricoles le matin, était un mauvais signe. Je ne crois pas si bien dire, la journée n’est pas finie.

Nous repartons donc à Kampot, cherchons en vain Zoé à l’hôpital quasi-désert, et déjeunons d’un plat à fondre sur place, sur un petit stand sur le trottoir, avant de repartir vers la grotte Phnom Chnork. Je l’ai déjà vue la veille avec Estelle, mais l’environnement est tellement magique que je ne me fais pas prier pour servir de guide. Nous retraversons donc ce lieu magique, entre rizières et maisons traditionnelles, évitant les méchants trous, pour arriver à la grotte. Sans savoir pourquoi, j’ai l’impression d’être sur une île, peut-être le souvenir inconscient de celles que j’ai visitées récemment comme à Kom Pong Cham. Les digues de démarcation entre les rizières forment un réseau de petits chemins qui se croisent dans tous les sens, je voudrais avoir un vélo pour m’y aventurer et m’y perdre. La jouissance de ce paysage ne saurait être complète sans les regards étonnés et souriants qui nous entourent. Cela me fait penser à un article lu il y a quelques jours à Phnom Penh, qui regroupait le Vietnam, le Laos, le Cambodge et la Thaïlande sous l’appellation « Pays du sourire ». Définition parfaite.

Nous arrivons à la grotte, nous sommes immédiatement abordés par un ou deux jeunes enfants qui se proposent comme guides. J'attends à l’extérieur, et profite du spectacle simple de paysans qui arrosent leur champ avant le coucher du soleil, portant courageusement des litres d’eau sur leurs épaules, et les déversant suivant une chorégraphie involontaire mais élégante.



Les autres paraissent s’amuser comme des fous dans la grotte, guidés avec plaisir par les enfants qui dévoilent tous leurs secrets, leurs passages. Surtout Markus qui ressort le crâne légèrement ouvert et ensanglanté pour s’être cogné contre une paroi. Quand je disais qu’il y a des journées maudites … On rémunère les deux jeunes guides, on mitraille le coucher de soleil et on repart doucement, s’arrêtant souvent pour prendre des photos. Je roule devant bien que lentement, je vois un petit bout de bois se prendre dans ma roue, je freine doucement pour m’arrêter, le scooter se met brusquement de travers, et je me retrouve à terre sans avoir bien compris, une jambe sous le scooter.  Les trois jeunes cambodgiens qui marchaient là mettent un peu de temps pour réagir, mais finissent par me dégager. La peau du coude gauche bien arraché, quelques éraflures sur la jambe droite. Je douille mais remonte quand même sur le scooter, pour rentrer à Kampot. Quand je disais que la journée avait mal démarré … d’ailleurs récemment je me disais qu’après toutes les fois où j’ai loué un scooter en Asie, j’étais plutôt content de n’avoir encore rien eu. Les rues des villes asiatiques sont pleines d’occidentaux avec un bandage …

Nous passons une soirée tranquille à l’hôtel, et retrouvons Zoé et ses points de suture, administrés par un docteur bizarre qui se marrait et lui disait de regarder. Le lendemain je décide de partir à Kep, avec Fiona et Jola. Markus repart en Allemagne, Zoé est coincée par sa blessure, et Yul aussi donc.

A peine 30 minutes de bus et nous voilà à Kep, au bord de la mer. Kep est une station balnéaire huppée, qui était très prisée des colons français. C’est Nouvel An, de nombreux hôteliers décident d’augmenter leurs prix même s’ils ne sont pas pleins, va comprendre ! C’était pareil au Vietnam, je commence à en avoir marre de fêter le Nouvel An, d’autant qu’ici il ne se passe rien, même pas de feu d’artifice. Il faut donc prendre une guesthouse très excentrée sans vue sur la mer, mais pas désagréable. Nous revenons dans le centre de Kep en tuk-tuk, et nous nous baladons le long de plage, bondée de familles venues fêter le Nouvel An. L’attraction vient surtout de Fiona, les cambodgiens semblent n’avoir jamais vu de cheveux crépus et trouvent ça très marrant. Ce que nous trouvons très marrant, nous, c’est que les familles sont toujours en train de manger, assis en rond sur une bâche. On pousse un peu plus loin, et à notre grand bonheur nous sommes invités au pique-nique d’une famille assez nombreuse. On nous sert et re-sert en bières, en riz, viande et autres plats inconnus. Nous n’avons absolument pas faim mais ce serait impoli de ne pas manger, alors on se force et on trinque toutes les 2 minutes comme ils aiment faire. Heureusement un des beaux-frères parle anglais, sinon nous étions bons à sourire bêtement pendant presque une heure.



Nous prenons finalement congé, ravis de ce petit moment, et marchons vers le centre, sous des nuages noirs. Depuis plusieurs jours les nuages se font plus nombreux le matin, annonçant l’arrivée imminente de la première pluie, tant attendue. Et un bel orage éclate, accompagné d’une pluie torrentielle pendant une heure au moins. Cela ne rafraîchit pas tellement l’atmosphère mais c’est un bonheur à voir ! Un tuk-tuk accepte finalement de nous ramener à la guesthouse malgré la pluie, et nous terminons la soirée tranquillement dans la guesthouse.

Le lendemain matin c’est un autre tuk-tuk qui vient nous chercher, pour nous mettre dans une grosse barque. Direction Koh Tonsaï, ou Rabbit Island, pour au moins une journée et une nuit de farniente dans un cadre de rêve, sur fond de sable et palmiers. A peine débarqués nous savons que nous passerons au moins deux nuits. Certes toute la plage est squattée par les guesthouses et leurs petits bungalows rustiques assez rapprochés, et en cette semaine de Nouvel An il y a du monde, un mélange de voyageurs occidentaux qui restent dormir et de familles venues pour la journée. Mais on se sent bien sur cette île, pas d’Internet, électricité uniquement le soir, bungalow au confort minimum, et « salle de bains » réduite à sa plus simple expression : des jarres d’eau tirées d’une source, de l’eau supposée propre mais brune.



C’est donc parti pour trois jours d'intense farniente ou presque, de shakes à l’ananas, de poisson grillé à la sauce poivre de Kampot et citron vert (une tuerie !), de baignades au petit matin ou en pleine nuit sous l’orage qui gronde tous les soirs, de lecture dans le hamac, et de soirées autour du bar de Sam avec plein de gens sympa. Pour dire de se bouger un peu, je fais quand même le tour de l’île avec Jola, découvrant quelques familles qui vivent de la pêche, dans une pauvreté impressionnante. Le lendemain nous montons au sommet de l’île, debout sur un ancien bunker Khmer Rouge pour difficilement apercevoir les autres îles. Mauvaise idée, je tombe deux fois dans la descente sur le chemin raide et glissant, et ouvre précisément les plaies déjà faites avec le scooter. La poisse …

Finalement après trois jours, et deux nuits presque blanches au bruit assourdissant des grenouilles qui croassent juste sous mon bungalow, je quitte l’île en même temps que Jola. Fiona a réussi à se faire embaucher au bar et reste une semaine.

Je ne passe qu’une nuit à Kep, avec Jola nous dînons au Crab Market, qui n’est pas un marché mais une succession de restaurants de fruits de mer. Un dîner à se faire exploser la panse, des fruits de mer accompagnés de l’inévitable sauce au poivre. Le lendemain Jola part à Phnom Penh, je continue le long de la côte vers Sihanoukville. En attendant le bus qui ne viendra jamais, j’observe les mini-bus qui passent chargés à bloc, avec des gens sur le toit, et les bagages qui dépassent largement du coffre, en suspension au-dessus de la route : une moto, trois cochons …



Je finis par avoir un bus deux heures plus tard, et arrive à Sihanoukville. C’est le nom que tout le monde a sur les lèvres en pensant à la plage, mais c’est une ville moche, avec des plages très moyennes et du tourisme de masse. Sauf Otres Beach, une plage à 4 km. Plusieurs voyageurs me l’ont conseillée, mais elle était censée être livrée aux promoteurs. Un mototaxi m’indique qu’elle est bel et bien là, pas encore détruite, je ne réfléchis pas et m’y fais emmener, oubliant mon intention initiale de m’installer en ville pour aller voir un médecin et faire vérifier mes blessures.

C’est une plage magnifique, très longue et pas bien large. Là aussi, les guesthouses sont alignées tout le long, mais sans que cela gâche le plaisir. Je m’installe au Sunshine Café, encore un bon conseil récupéré récemment. Je passe quatre jours de farniente complet, passant tout mon temps dans les fauteuils confortables face à la mer, n’allant même pas tester les menus dans les autres guesthouses. Lecture, blog, baignade, happy hour … Il n’y a pas grand monde mais toujours les mêmes, deux russes, un couple d’irlandais, une flamande, et le couple très sympa qui tient l’endroit, Monica et Kem. Trois jours de plaisir absolu, sauf mes blessures qui ne s’arrangent pas et m’obligent à quitter ce petit paradis pour repartir en ville. Je ne me suis jamais autant arrêté dans de beaux endroits, inconsciemment ça doit être la compensation d’un rythme trop chargé depuis le début de ce voyage, d’une incapacité à ne rien faire que j’arrive enfin à soigner.




Une nuit à Sihanoukville, une visite chez le docteur, et je peux reprendre la route, en faisant tout de même l’impasse sur le trek que j’avais prévu. Pas grave ce n’est pas la bonne saison. Et je commence à trépigner en pensant à l’attraction principale du Cambodge, ses fameux temples …

Allez on se fait une journée entière de bus pour s’en approcher !
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samedi 10 avril 2010

4000 îles, 1 hamac, et moi

8 heures du mat’ à Pakse, je me retrouve dans le même mini-van que Rachel et Vince … et ma chère ex-coloc-boulet danoise, sans s’être concertés. Enfin c’était prévisible, puisque descendant vers le sud du Laos puis le Cambodge, la prochaine étape est évidente, incontournable. C’est Si Phan Don, autrement dit les 4000 îles. Sur 50 kilomètres, le Mekong s’élargit pour mieux laisser affleurer 4000 îles au milieu de son lit. De vraies îles, il n’y en a pas 4000, mais si l’on compte tous les îlots seulement peuplés par un peu de sable et de végétation, on avoisine probablement 4000.

Au bout de trois heures dans le van, genoux sévèrement calés contre le siège de devant, nous arrivons à Nakasang au bord du Mekong, et embarquons sur une petite pirogue instable. Dix minutes de traversée entre les îlots sauvages et très verts, et nous arrivons à Don Det, l’île qui a la préférence des backpackers au petit budget, alors que Don Khon, l’île voisine au sud, est un niveau au-dessus pour le confort et les prix. Don Det n’est traversée que par deux étroits chemins, l’un sur la rive « sunrise », l’autre sur la rive « sunset ». On ne peut circuler qu’à pied ou à vélo, et un scooter passe de temps à autre. Je me mets en recherche d’une guesthouse, pas très difficile puisqu’il y en a un nombre incalculable. Toute la rive « sunrise » est un alignement de bungalows rustiques et petits restaurants, de moins en moins rapprochés à mesure que l’on descend vers le sud, et intercalés par les maisons traditionnelles des locaux. Très touristique à première vue, sauf que le calme est parfait, la chaleur aidant, que l’on ne se fait pas racoler, et qu’il règne définitivement un petit goût de paradis.




Pour éviter de trop marcher avec mon sac sous le soleil, je prends rapidement une chambre dans une guesthouse, une simple maison qui ne surplombe même pas la rivière. A 3,5 $ la nuit, on n’est pas obligé de trouver la perfection tout de suite. Je me fais un petit resto familial qui surplombe le Mekong très lent. La famille vit là, assise ou allongée par terre, dans 4 m² à l’entrée du restaurant, l’image classique de la pauvreté laotienne. Je me balade un peu sur le côté « sunrise », et je retrouve Augustin, un espagnol que je croise partout depuis le nord du Laos. Je le rejoins pour une partie de pétanque contre un allemand et un hollandais qui étudient à Singapour. Nous perdons (normal, le terrain était mauvais) et devons payer la bière dans leur guesthouse. L’occasion pour moi de découvrir une guesthouse sympa, côté coucher de soleil, avec bungalow presque sur la rivière et salle de bains particulière (enfin, salle de bains … il faut le dire vite), au même prix. Je débarque donc le lendemain matin avec mon sac, et prends le bungalow d’Augustin qui part pour le Cambodge.




Après avoir testé le crasseux mais confortable hamac, je pars avec Roland et Roderick, l’allemand et le hollandais, pour une petite virée à vélo. Nous descendons toute l’île de Don Det par le côté sunrise, traversons l’ancien pont français qui a gardé toute sa classe, et arrivons sur Don Khon après avoir payé le péage-racket. Nous sortons du village principal et roulons sur un chemin caillouteux à travers les rizières asséchées vers la cascade Li Phi. Belle cascade qui traverse un univers de roches déchiquetées, curiosité géologique dans cet univers d’îlots sableux et verts.




Nous retournons vers le « centre », au nord de Don Khon, passons devant quelques anciennes villas françaises, soit dévastées soit rénovées en hôtel, et nous basculons du côté sunrise pour une balade magnifique. Nous traversons un village modeste, qui ne compte aucune guesthouse pour touriste mais que des habitations traditionnelles et pauvres. On sent déjà la différence avec Don Det et Don Khon, les habitants sont légèrement plus curieux à notre passage et les enfants ravis de dire « sabaydiii », certains nous tapant dans la main. Leurs maisons étant surélevées par des piliers, ils passent toute leur journée en-dessous, sur des hamacs souvent, pour se cacher du soleil et profiter d’un peu d’air. Nous passons devant d’anciens murs bâtis par les français dans la rivière pour canaliser les troncs d’arbre, et nous enfonçons dans la partie plus sauvage de l’île.
Il fait une chaleur de bête, nous sommes maintenant seuls sur le chemin. Le Mékong est de plus en plus immobile, complètement stagnant à certains endroits pour le bonheur des buffles qui pataugent jusqu’au cou.




Nous dévalons le chemin un peu pentu et très caillouteux sur nos vélos de fillette, passons des petits ponts en bois, et traversons un hameau d’une pauvreté impressionnante, les habitants ont l’air encore plus curieux en nous voyant passer. Finalement nous arrivons à la pointe sud de l’île, dans un petit village toujours aussi pauvre, et le traversons jusqu’au bout à la recherche d’un petit resto familial qui aurait vue sur le Mekong. Nous le trouvons, et découvrons un paysage étonnant. Au sud de Don Khon, le Mekong est très large, parsemé de rochers et de bois mort, quasiment immobile et plaqué par un soleil encore plus impitoyable. A 500 mètres, sur l’autre rive, c’est le Cambodge. Paysage impressionnant.




Nous accusons le coup sous le cagnard, mais l’eau est très stagnante et la baignade peu attirante. Le temps de faire marcher le commerce local et le petit resto familial, avec les enfants se baladant tout nus au milieu des canards et poulets, nous reprenons les vélos et repartons en sens inverse, à travers le hameau très pauvre et oublié du tourisme, le chemin désert, le petit village et ses enfants, et le village plus touristique au nord de Don Khon. Des palmiers, peu de touristes, de belles photos, et un bien-être indescriptible. Un tour en vélo que je referai à l’identique trois jours plus tard, tant la sensation y est spéciale.

Nous retraversons Don Det jusqu’à la guesthouse, et je décide de pousser la balade plus loin, malgré les poignets endoloris par la position peu ergonomique du guidon-fillette. Je descends le côté sunset pour trouver la connexion avec le côté sunrise, et découvre un côté beaucoup plus sauvage, composé presque uniquement d’habitations traditionnelles, habitées par des familles ne vivant pas du tourisme, entre le Mékong et les rizières asséchées à perte de vue.




Je fais un petit resto avec Roland et Roderick, et nous ne trouvons pas grand-chose à faire. Les 2 ou 3 cafés un peu plus « cool » sont vides, même celui qui propose des « happy shakes » (au secours c’est l’effet Vang Vieng qui s’amorce !). Retour à la guesthouse, pour tchatcher avec la fille de la vieille patronne, qui passe sa douzième heure de la journée dans son hamac à regarder des comédies thaï terriblement kitsch. Et je vais m’endormir dans mon hamac, avant de me réfugier dans mon bungalow pour échapper aux moustiques. Le lendemain Roland et Roderick s’en vont. Dans la guesthouse il reste encore l’italienne Marianna que je connais un peu. J’entame trois jours de farniente, suivant un rythme quasi-immuable :

aller de mon lit au Mékong pour nager et profiter du calme du petit matin ;

petit-déjeuner d’un gâteau de riz à la noix de coco et d’un shake à l’ananas ;

passer deux ou trois heures dans mon hamac pour gérer mes photos, écrire, ou lire le Lonely Planet du Cambodge ;

me balader à pied ou en vélo sur les petits chemins autour de Don Det ;

taper dans la main des enfants à vélo ;

me trouver un petit resto simple pour déjeuner ;

acheter ma troisième bouteille d’eau de la journée ;

retrouver mon hamac pour lire un petit roman en français trouvé dans la guesthouse ;

boire un énième shake à l’ananas ou menthe et noix de coco ;

nager dans le Mékong dans la torpeur de l’après-midi ou pendant le coucher de soleil ;

nager jusqu’à l’îlot d’en face, m’asseoir dans l’eau pendant trente minutes et laisser les petits poissons tâter de quoi je suis fait ;

prendre la même photo pour la cinquième fois parce qu’elle est vraiment belle ... et que j’ai oublié que je l’avais déjà prise ;

observer le pêcheur qui lance ses filets depuis sa pirogue ;

dîner tranquillement au restaurant de la guesthouse ;

tchatcher avec la fille de la patronne, habituée à sa vie de farniente mais qui n’est pas contre un peu de divertissement ;

me réinstaller dans mon hamac dans l’obscurité, pour regarder un film sur mon notebook ;

imiter la petite fille qui vend des samoussas, pour transformer sa gentille insistance commerciale en un grand rire ;

… ;




Un matin je me décide à partir le lendemain et j'achète mon ticket de bus … pour changer d’avis le soir même parce que j’ai trouvé un nouveau livre en français et que j’ai besoin d’une nouvelle journée dans mon hamac crasseux.

Je finis quand même par m’en aller le surlendemain, un peu à regret parce que je quitte un petit paradis. C’est un peu touristique, mais le rythme de vie y est encore plus lent que dans tout le Laos, et on est cerné de tous côtés par le majestueux Mekong. Je quitte donc un paradis, et le Laos en même temps, qui est un petit paradis en lui-même. Ce pays est mon coup de cœur absolu dans ce voyage, je n’y ai trouvé aucun défaut. Ses habitants ont une mentalité exemplaire, ils sont gentils et chaleureux sans excès, sincères. Ils ne sont pas motivés par l’argent des étrangers alors qu’ils auraient des raisons de l’être. Ils fixent leur prix et ne veulent pas discuter, quitte à ne pas vendre ou à garder leur guesthouse vide. Ils gardent leur rythme de vie très lent et sans stress, et refusent de le changer pour gagner quelques kips de plus. Ils restent apparemment lucides sur les risques du développement touristiques, et stoïques quand ils en voient quelques mauvais effets.

Il faut espérer qu’ils restent comme cela, même s'il faut aussi qu’ils résorbent une part de leur pauvreté. Lorsque je vois Luang Prabang, perle de l’Asie forcément touristique mais tout de même préservée, Muang Ngoi et les 4000 îles qui restent paisibles malgré les nombreux restaurants et guesthouses, je me dis que c'est possible

Le pays n’est pas grand, et sortir des sentiers battus pas toujours évident, mais je suis quand même passé à côté de certaines belles choses. Il faut donc revenir vite, avant que ce pays ne change. J’ai enlevé l’Inde et le Népal, pour les remplacer par le Laos et le Cambodge, et le but de ce changement de programme était entre autres de voir tout de suite des pays encore authentiques. Pour le Laos, c’est zéro faute, le Cambodge ne devrait pas décevoir non plus …

Je quitte donc le paradis de Don Det au petit matin, après un grand hug avec Mama et sa fille qui tiennent la guesthouse. Sur le chemin la petite fille aux samoussas accourt pour me dire « Bye bye ». Je ne lui ai peut-être pas acheté beaucoup de samoussas, mais on a bien ri à chaque fois que je suis passé devant. Je monte dans la pirogue bien chargée en backpackers et bagages, et nous regagnons la rive à Nakasang, petite ville pleine d’agitation commerciale. Nous montons dans le bus, et direction la frontière avec le Cambodge.

Sabaydiii !
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mardi 30 mars 2010

Luang Prabang, la classe absolue

Je quitte ce petit paradis qu’est Muang Ngoi, et je monte dans la pirogue lourdement chargée en voyageurs et bagages. Assis sur une simple et étroite planche en bois, genoux contre genoux, le trajet d’une heure sur la rivière Nam Ou s’annonce beau mais douloureux. Et effectivement au bout de 20 minutes, une laotienne interpelle le conducteur parce que l’eau monte dans le fond de la pirogue. Le conducteur ne réagit pas tout de suite mais elle insiste, et il finit par accoster sur la rive, sur un banc de boue. Il se lance dans une réparation de fortune en fixant de la pâte sur des planches mal jointes, sur le côté du bateau, et enfonce quelques clous. Personne n’y croit mais tout le monde essaie de garder le sourire, craignant plus pour nos papiers et matériel de valeur que pour notre vie. Si jamais on coule vraiment on devrait pouvoir nager jusqu’au bord. On repart, un passager assis là-même où se trouve le problème fait la grimace, l’air de dire « c’est pas mieux ». Voilà un autre style de galère que je goûte beaucoup moins …

Finalement l’eau à l’intérieur se stabilise, et nous arrivons à Nong Khiaw, autre beau village dans le style de Muang Ngoi, mais relié à la route. Avec quelques autres qui étaient sur le bateau, et quelques jeunes locaux, nous montons dans un bus local, en fait un petit camion avec deux rangées de bancs rudimentaires à l’arrière, sans bâches. C’est parti pour trois heures de trajet à travers les villages, entre les montagnes, sur une route correcte qui ne nous fait pas regretter d’avoir choisi la solution la plus rustique. Le paysage n’est pas saisissant, mais c’est rafraîchissant d’être là à l’arrière, profitant du décor sans le filtre d’une vitre de bus.




Nous arrivons à Luang Prabang par un temps gris et lourd, à peine sorti du camion je saute dans un tuk-tuk avec quelques autres, direction le centre. Je n’ai pas beaucoup de bonnes adresses, c’est parti pour une longue marche en ville avec mon sac. Je commence à découvrir la beauté tant vantée de cette ville. C’était la capitale du Laos du temps de l’Indochine française, c’est maintenant la deuxième ville du pays après Vientiane, mais peut-être une des plus belles villes au monde par son élégance. Sa beauté s’explique essentiellement par deux choses : les innombrables et magnifiques temples bouddhistes, et l’architecture franco-coloniale qui date de l’Indochine. Tout cela a été parfaitement préservé contre les dangers de la modernisation et du tourisme de masse.

De ce fait les prix s’en ressentent, on trouve de vieilles guesthouses, avec du cachet mais vraiment défraîchies, pour un prix déjà supérieur à la moyenne. Et dès qu’on attend un confort correct, avec une salle de bains acceptable, là ça grimpe très vite. Comme j’en ai marre de chercher et de transpirer avec mon sac, j’en choisis une vraiment vieille, avec chambres séparées par de fines cloisons en bambou et salle de bains déglinguée, pour un prix juste correct. A elle seule cette maison résume Luang Prabang : une architecture franco-coloniale typique de l’Indochine, un cachet fou avec ses vieilles boiseries foncées et parquets tordus, mais un état de conservation qui reflète l’usure du temps et la pauvreté du pays, et des palmiers autour, sous la torpeur du soleil embrumé et la lourdeur du climat asiatique.




Sous l’orage qui menace, je file dans un café utiliser le wifi, pour montrer que je suis encore vivant après de longs jours sans internet (pour mon plus grand bien). Et en consultant mes mails, mon intuition se confirme : Nikki, que j’ai quittée à Sapa il y a une semaine, est bien à Luang Prabang. Je la croise une heure après au marché nocturne, avec tout un groupe d’américains, suédois, française … Direction les étals du marché, dans une minuscule ruelle, pour un dîner énorme et pas cher. Buffet de riz, noodles, légumes, grillades, les stands de rue sont pour beaucoup dans la gastronomie asiatique, avec toute l’agitation qui règne autour, et malgré les apparences, une certaine hygiène qui maintient l’estomac en bon état.




Le ventre plein et le portefeuille pas vide, direction le Hive, un bar branché. Au fur et à mesure de la soirée, des gens se joignent au groupe, une argentine, des irlandais … Bonne ambiance, mais le bar ferme à 23h30 ! Le bridage de la vie nocturne semble être une des clés de la préservation de Luang Prabang, pour garder un calme approprié à la classe de cette ville. Direction le seul lieu de fête encore ouvert, le bowling, dans un quartier périphérique, en tuk-tuk. Au risque d’être un peu condescendant, je suis assez étonné de trouver un bowling moderne avec tout l’équipement informatique habituel. Il y a un bruit effrayant à l’intérieur, tout ce que la ville compte de jeunes backpackers pas-prêts-à-dormir est ici, et nous sommes douze sur la même piste, jouant chacun une fois toutes les 15 minutes. Mais à part ça, bonne soirée. Au retour il faut négocier sec avec les tuk-tuks qui veulent profiter de notre éloignement, mais on s’en tire. Une fois descendu du tuk-tuk et quitté tout le monde, je m’offre une petite balade dans le centre de Luang Prabang, en pleine nuit, pour goûter encore mieux à l’extraordinaire sérénité de la ville.

Je suis réveillé à 5h par un chant superbe et légèrement éloigné, apparemment ce sont des moines bouddhistes qui chantent. Je me dis que je devrais me lever et aller voir, mais mon demi-sommeil me tient fermement et me remet la tête sous l’eau pour trois heures. Après un bon petit déj’, je retrouve Nikki et nous nous mettons en recherche d’une autre guesthouse. Nous trouvons le plan parfait : seuls clients dans une belle maison, au calme devant la rivière, avec la meilleure douche trouvée depuis une éternité. Voilà un séjour qui démarre plutôt bien à Luang Prabang …

Le temps de goûter à un plat de bambou un peu décevant, je laisse Nikki à ses objectifs du jour et pars flâner en ville. Je traverse les petites ruelles fleuries du marché des produits frais, puis je descends vers le Mékong, ne me lassant pas de prendre les maisons en photo, visiter les galeries photo, visiter un petit temple, puis un autre temple grand et somptueux … et je reviens par l’autre côté de la péninsule, le long de la rivière Nam Khan. Partout, le silence, la tranquillité, l’élégance. Il y a très peu de trafic, on est bien malchanceux si l’on entend un coup de klaxon dans la journée. Les chauffeurs de tuk-tuk proposent leurs services à chaque fois qu’on les croise, mais il suffit de répondre non avec un sourire et ils n’insistent pas (le soir leur proposition se fait plus complète : « Tuk-tuk, weed, opium, marijuana ? »).




La colonisation est forcément contestable dans le principe et dans les faits, puisque l’occupant a une certaine tendance à piller les ressources sous prétexte d’amener l’instruction et la modernité. Mais dans le cas de l’Indochine et spécifiquement de Luang Prabang, en tant que français il est difficile de ne pas être fier lorsque l’on voit ce qu’on y a laissé. La France de l’époque a largement tiré profit de ses colonies, mais aujourd’hui le Laos tire une grande richesse, touristique essentiellement, de cet héritage. Il suffit d’ouvrir le Lonely Planet pour voir que le mot français est répété sur au moins chaque page, toujours pour indiquer un bel endroit à visiter ou le charme d’une ville, alors que les touches modernes ajoutées depuis, sont souvent décriées pour leur manque de goût voire leur aspect kitsch (notamment au Vietnam).

(Suite du quart d’heure chauvin, désolé mais ça fait du bien)
Cette french touch est démultipliée à Kuang Prabang. Les maisons sont d’une classe folle et nous replongent dans l’ambiance délicieuse et raffinée de l’Indochine, ses belles villas, ses grands hôtels. Je l’ai déjà écrit mais il faut que je revoie le film Indochine. Certaines maisons sont parfaitement restaurées, et accueillent un hôtel huppé au goût irréprochable, d’autres sont défraîchies, ont perdu leur blanc d’origine, mais sont encore plus belles. Cette couche de saleté témoigne de leur âge, elle colle avec une certaine image de l’Asie. L’histoire transparaît mieux au travers de ce vieux bois et de ces façades blanches et sales.




Le temps de me reposer un peu et de m’occuper du blog (écrire, trier-retoucher-renommer les photos … de plus en plus une corvée), je pars dîner sur les étals du marché nocturne avec Nikki et Ross, un anglo-iranien  plus âgé. Nous retrouvons tout le reste du groupe, et après un nouveau dîner gargantuesque pour vraiment pas cher, direction l’Utopia, bar exotique dominant la rivière, pour fêter la Saint Patrick. Bière verte pour respecter la tradition, alcool de serpent pour rester local … encore une fois le groupe grandit à vue d’œil, des gens viennent s’agglomérer à la table … belle soirée encore mais terminée tôt, restrictions locales obligent.

A peine quatre heures plus tard, il faut se lever. Avec Nikki nous avons décidé d’assister à l’offrande aux moines, un spectacle à ne pas rater. Tous les matins au lever du soleil, les moines se mettent en procession, regroupés selon leur temple d’appartenance, et défilent dans la rue principale Sivangvong. Le long des trottoirs, des locaux et des touristes sont accroupis et leur offrent de la nourriture, presque uniquement du riz collant et des bananes. Ils viennent sans un mot, avec une grande urne, l’ouvrent devant chaque personne accroupie, et continuent à marcher sans un mot ni sourire. Quand l’urne est pleine, ils en rendent pour pouvoir continuer à accepter de tout le monde. C’est leur seule ressource pour manger. Pour éviter que cette procession devienne la parade de Disneyland, on voit régulièrement des posters expliquant aux touristes ce qu’ils peuvent faire et ne doivent pas faire pour respecter la solennité du moment, règles plus ou moins respectées à cause de la tentation de faire la plus belle photo possible.

Bref nous sommes là à 5h, sur les conseils d’un jeune novice avec qui Nikki a discuté hier, et nous sommes quasiment seuls dans la rue, il ne se passe rien. Les novices et moines sont censés chanter avant la procession, comme je l’avais entendu de mon lit le matin précédent, mais la ville est toujours plongée dans un silence et un noir parfait. Nous retrouvons Erika, une autre américaine, et attendons, régulièrement sollicités par les femmes qui veulent nous vendre du riz, faisant un business de cette procession. D’ailleurs les posters eux-mêmes disent qu’il ne faut pas leur acheter, et hier le novice a insisté auprès de Nikki  pour qu’elle ne leur achète rien. Au bout d’une heure un premier groupe de moines apparaît, longeant le long mur blanc d’un magnifique temple, et prennent leur ration de riz des premières personnes accroupies. Puis d’autres groupes arrivent, plus fournis, et ce sont des centaines de moines qui marchent en file indienne dans la rue, créant une image spectaculaire dans la lumière encore faible du petit matin. Une fois tous passés, nous les retrouvons dans une petite rue parallèle, repartant dans l’autre sens, et la cérémonie se termine comme ça, sans tambours ni trompettes. Les moines et novices font ça TOUS LES JOURS, sinon ils ne mangent pas.




Erika nous quitte, elle prend un avion dans deux heures. Avec Nikki, direction une petite boulangerie française pour un petit déjeuner sans fin, les discussions passant des profils de voyageurs au 11 septembre. Le genre de grandes discussions qui prennent dans une soirée, mais là c’était au petit-déj’, pendant trois heures, en observant la ville se réveiller doucement.

Nous rejoignons Matt et Jeff, encore des américains, pour aller visiter la grotte Pak Ou. On saute dans un tuk-tuk pour 30 minutes de trajet, on visite un petit temple où l’on rencontre un vieux moine édenté qui se marre dès qu’on dit un mot, on se fait brièvement inviter à boire une bière avec des laotiens attablés, et on monte dans une pirogue pour traverser le Mékong et arriver à la grotte. Une première cavité superficielle où l’on trouve des centaines de minuscules statues de Bouddha, laissées là par les pélerins, et une seconde vraie grotte avec deux salles, un autel et un Bouddha … et c’est tout ! Il y a des jours où l’on voudrait brûler son Lonely Planet, pas foutu de donner des indications sur l’importance et l’intérêt d’un lieu, et de dire s’il en vaut le déplacement et l’argent. Parce que sur le coup le déplacement n’était pas franchement donné. On a beau devenir sélectif et méfiant sur les sites à visiter, on a beau savoir lire entre les lignes du Lonely Planet, on se fait encore avoir de temps à autre par une visite vraiment nulle.

Nous retournons donc vite à Luang Prabang, où je décide de rattraper le coup en visitant quelque chose de bien en ville. Je retrouve justement Cintia, une argentine, qui veut visiter le Musée National. On nous fait payer l’entrée sans nous préciser que nous avons vingt minutes avant la fermeture ... sympa ! Il faut donc visiter au pas de course un musée qui expose tout ce qui se rapporte aux anciens rois, dans le palace où ils ont vécu. Quelques belles pièces mais pas le musée du siècle. Et pas de chance, le splendide temple à l’entrée est en réfection. Ils ont poussé l’élégance jusqu’à utiliser un échafaudage en bambou, qui le rend presque encore plus beau.




Nous poussons donc vers un musée d’art supposé gratuit pour se rattraper, mais il n’est pas gratuit et nous en avons marre de payer 3 $ par ci, 4 $ par là pour des sites oubliés juste après, donc direction un café cozy pour parler de l’Argentine devant un pichet de bière. Voilà deux valeurs sûres tiens, j’aurais dû y venir plus tôt !

Je laisse Cintia sur de grandes considérations sur la musique argentine, et le temps de raser mon épaisse et récurrente barbe, je retrouve tout le monde pour une soupe de noodles près du marché nocturne, lieu incontournable le soir à Luang Prabang. Coucher tôt et lever encore matinal, pour prendre le petit-déj’ avec Nikki, Matt, Jeff et Cintia qui sont allés voir l’offrande aux moines. Direction la boulangerie française forcément, pour des croissants à mourir. C’est ça aussi l’avantage d’être dans une ancienne colonie française : les villes regorgent de restaurants, cafés ou boulangeries français.

Cette fois-ci, le petit-déj’ sera plus court, Nikki a décidé de poursuivre vers le nord, alors que j’ai décidé de m’attarder à Luang Prabang et de descendre vers le sud puis vers le Cambodge. Donc pas sûr qu’on se recroise en Thaïlande. En fait tout le monde s’en va aujourd’hui, quelques-uns étant déjà partis les jours précédents. Seule Cintia reste … jusqu’à ce soir.

Puisque Nikki s’en va, la magnifique chambre près de la rivière devient trop chère pour moi et je dois chercher une autre guesthouse. Après avoir refusé l’offre très directe d’un gérant qui me proposait de partager sa chambre, je trouve par chance un hôtel fait de dortoirs impeccables, lits énormes et pas chers. Je ne pensais pas que ça existait à Luang Prabang, la ville des guesthouse chicos ou défraîchies. Je n’avais pas eu de dortoir depuis Hanoi, ça commençait à me manquer. Je retrouve Cintia pour retourner au Musée National et voir ce qu’on a loupé la veille, et nous décidons qu’un séjour à Luang Prabang ne saurait se terminer sans un massage. J’opte pour la formule censée être la plus douce, je me retrouve massé par un homme puissant qui me massacre le dos. Plus il y a d’offre dans une ville, plus le risque est grand de tomber sur des masseurs improvisés.

Quelques essais de photo sur le soleil rouge qui se pose sur le toit d’un temple, une dernière bière près du Mékong, et c’est maintenant Cintia qui s’en va, la dernière de tous ceux que j’ai rencontrés ici. Le chemin d’un voyageur seul a beau être rythmé par les rencontres et les au-revoirs, ça fait un peu bizarre de se retrouver planté là seul alors que j’ai passé plusieurs jours avec tout un groupe. Je me dis que je ferai bien de nouvelles connaissances sur les grandes tables du marché nocturne, mais non ce soir c’est assez calme.




Le lendemain je m’offre un long petit-déj-wifi au café l’Utopia, petit eden perché au-dessus de la rivière, et me décide enfin à visiter les principaux temples, à commencer par le Wat Phu Si, perché au sommet d’une grosse colline arborée en plein milieu de la ville. Le temple n’est pas remarquable mais la vue est splendide, presque à 360°. Je vais ensuite me perdre dans les petites ruelles, entre les villas françaises et les maisons traditionnelles Lao en bois et bambou. De retour sur la rue principale Sakkarin, j’entre à nouveau dans un de mes temples préférés, et entend des chants venant d’un des bâtiments. Cela ressemble fortement à la prière des moines, et les curieux sont libres d’y assister, tableau de recommandations à l’entrée de vigueur. Un vieux moine est en position de méditation, surélevé, face aux jeunes moines et novices qui chantent sans s’arrêter, un chant répétitif mais assez beau. Ils ont tous une position spécifique, leurs pieds (impurs selon la religion) soigneusement cachés sous la tenue orange. C’est réglé comme du papier à musique, de temps en temps un seul moine chante pendant quelques secondes, rapidement accompagné par les autres moines et novices. Mais derrière cette solennité, ce protocole bien établi, il y a une étonnante liberté des moines, j’en vois certains arriver bien après les autres et prendre leur place, d’autres sortir. Voyant que le chant se répète inlassablement, et fatigué par ma position par terre qui m’empêche d’avoir les pieds pointés vers les moines (sacrilège, offense !), je finis par sortir, et continue le long de la rue Sakkarin. Dans cette partie très calme et excentrée de la rue, presque une adresse sur deux est un temple. Je jette un coup d’œil rapide dans chaque et trouve à chaque fois la même cérémonie de chant, avec ou sans un vieux moine en position de (quasi) lévitation.




J’arrive au bout de la rue et au bout de la péninsule, je traverse la rivière par un pont en bambou, et je marche jusqu’à un village spécialisé dans l’artisanat textile. A peine sorti du centre ville ultra-raffiné, on se retrouve dans la vision classique du Laos : cabanes précaires en bois et bambou, chemin de terre accidenté en guise de rue … J’arrive un peu tard, le soleil se couche, mais je vois tout de même une ou deux boutiques élégantes, et deux femmes en train de tisser sur des métiers énormes en plein air. Dans la cour d’un temple, je prends deux ou trois clichés de deux petites filles qui ne demandent que ça, et je rentre vers le centre dans le noir.

Un temple éclairé avec goût attire mon regard, et j’y rencontre trois novices. Ils parlent un peu anglais et sont contents de pouvoir le pratiquer avec moi. C’est l’occasion d’en savoir plus. J’apprendrai surtout qu’ils n’ont pas l’intention de devenir moines. Ils n’ont absolument pas la vocation mais sont là surtout pour la qualité de l’éducation, qui est payée par leurs parents alors que le logement est fourni dans l’enceinte du temple et la nourriture obtenue par l’offrande matinale. Ils me listent les différentes restrictions de leur vie de novice, uniquement 10 principes alors que les moines en ont 220, et me précisent qu’ils ne prient (ou méditent ?) que trente minutes par jour. Ils me posent les questions usuelles que l’on pose à tout voyageur, un peu par curiosité et beaucoup pour exercer leur anglais, et je finis par m’en aller, content d’en savoir un peu plus.

Après une ou deux heures de recherche d’information, et d’indécision complète, je décide de quitter Luang Prabang plus tôt que prévu, dès le lendemain, malgré mon adoration absolue pour cette ville, et alors que mon objectif de profiter des différents cafés cozy pour rattraper le retard sur le blog, n'est absolument pas atteint. Avoir profité d’une ville superbe avec tout un groupe de voyageurs, et se retrouver finalement seul, m’empêche d’en profiter encore et me décide à poursuivre ma route. En plus je sais qui je vais retrouver à l’étape suivante, même brièvement. Une dernière soupe de noodles, un dernier tour au marché nocturne rempli d’artisanat de bon goût, une bonne nuit, une dernière séance photos à l’offrande des moines au petit matin et un dernier coup d’œil nostalgique à la classe absolue de Luang Prabang, et je saute dans un mini-bus, direction … l’inverse parfait, la décadence et la non-culture !
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