Je suis reparti en Argentine ! Bientôt le nouveau blog ...
__________________ENCORE ET ENCORE DES NOUVELLES VIDEOS ICI !! _______________Tour en moto à Can Pho, Prière des moines bouddhistes ...
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dimanche 9 mai 2010

Encore des temples … mais les temples d’Angkor !

Je quitte Battambang tôt le matin, en boîtant à cause de mon accident la veille. Les bandages se multiplient et je suis bon à expliquer 10 fois pas jour que j’ai eu un accident de scooter, enfin deux ! Le bus m’amène vers le port tout près de là, j’ai choisi un voyage en bateau réputé très beau pour rejoindre ma dernière étape cambodgienne, et pas la moindre, Siem Reap. Pas la moindre parce qu’à côté se trouve la 8ème merveille du monde …

Je monte dans la longue pirogue, avec quelques autres voyageurs et beaucoup de cambodgiens. Le bateau est bien plein, il y a juste la place de s’asseoir et peu de place pour les jambes, pendant 8 heures ça promet bien du plaisir … Je m’attendais à des conditions de confort rustiques, mais pas à être aussi serré, vu le prix du voyage bien supérieur au bus, et plus long. Mais la clé d’un voyage riche en souvenirs et en images fortes, c’est d’éviter les déplacements trop faciles, et de brader le confort contre un itinéraire inédit. Le vrai voyage c’est d’y aller, pas d’arriver …

La pirogue bien chargée démarre, et je découvre tout de suite une vie sur la rivière que j’ignorais, même en ville. Bien sûr les habitants qui habitent sur les rives s’y baignent et s’y lavent, rien de nouveau. Mais je vois aussi des cambodgiens vivre dans de petites pirogues, à peine 5 ou 10 mètres carrés tout en longueur. Tous les 20 mètres on voit ces petits tuyaux bleus qui plongent pour pomper l’eau brunâtre, on sait qu’ils font bouillir l’eau mais ça reste effrayant.




La pirogue avance lentement et prudemment, l’eau est très basse en cette fin de saison sèche. Au bout de deux heures, la rivière se fait plus étroite, les rives moins hautes et dénuées de toute maison, nous sommes en pleine campagne mais ne pouvons rien voir des environs. Il y a juste quelques pêcheurs sur les bords, avec un matériel de fortune mais beaucoup d’adresse. Le bateau progresse très difficilement, à la limite de l’échouage. Au bout de cinq heures nous faisons enfin un premier arrêt, au confluent de deux rivières. Endroit très spécial, très sale, où l’on confond la terre ferme et l’eau, les maisons entièrement sur pilotis et celles accrochées à un bout de rive. La petite boutique où nous accostons vend juste de quoi grignoter et boire, et les toilettes sont un simple trou dans le sol, au-dessus de la rivière. Sachant que non loin de là, des locaux utilisent probablement l’eau pour se laver, faire leur lessive. Deux jours plus tard, je verrai justement un reportage sur TV5 Monde à propos des conditions d’hygiène autour du lac Tonlé Sap, précisément là où je me trouve. De nombreux cambodgiens n’auraient pas de vraies toilettes parce qu’ils ont toujours vécu sans, et n’en ressentent pas le besoin.

Ravitaillés, dégourdis, et les fesses désendolories, nous repartons sur la pirogue. Nous arrivons à un premier village flottant mais encore attaché à la rive. Les maisons sont très correctes et flottent grâce à uns structure de bambous et de grosses citernes immergées. Elles sont toutes reliées entre elles, et donnent l’impression d’une vie paisible qui perdurera longtemps, parce que ses habitants ont toujours vécu comme cela et ne veulent rien changer, malgré les petits inconvénients évidents. Partout sur les « balcons d’entrée » et dans les pièces principales, des hamacs qui se balancent frénétiquement, premier symbole d’une vie tranquille.




Nous déchargeons un certain nombre de passagers cambodgiens et leurs marchandises diverses, et continuons le voyage, un peu plus légers et espacés. La rivière s’élargit beaucoup, devenant un fleuve puis un lac immense, le Tonlé Sap. En plein milieu du lac, seulement ponctué par quelques filets de pêche, le moteur a des ratés, cale plusieurs fois, mais le conducteur fait des réparations de fortune et nous repartons. Nous arrivons à un autre village flottant, celui-là en plein milieu du lac, avec des maisons toutes indépendantes les unes des autres, formant des rues et des boulevards plus ou moins anarchiques.




Nous sortons du lac, et la pirogue engageons dans un canal qui paraît tracé artificiellement. La circulation est difficile, nous croisons des dizaines de pirogues qui emmènent les touristes vers le village flottant sur le lac. Et comme le niveau de l’eau est très bas, toutes les pirogues veulent passer au milieu. Nous les frôlons donc en sens inverse, et sommes arrosés par les hélices qui affleurent et font gicler une eau horriblement brune et épaisse. En plus de cette circulation fluviale, les maisons sur pilotis se font de plus en plus nombreuses, rendant le trafic très compliqué. Notre conducteur, apparemment impatient d’arriver après neuf heures de voyage, tente un dépassement en force … pas de chance il y a avait un banc de sable au milieu et nous nous retrouvons échoués en plein milieu, l’air fins, laissant repasser devant nous le bateau de touristes japonais hilares (tiens, ils n’ont même pas pris de photos à ce moment, bizarre non ?). Nous finissons par arriver à destination, enfin, et sommes littéralement abordés par de nombreux chauffeurs de tuk-tuk, qui sautent sauvagement sur la pirogue avant même qu’elle ait touché le pont, dans le but d’attraper un client. Le genre « d’agression » que je déteste, mais le chauffeur qui me choisit comme proie est tout gentil et me propose le prix incroyable de 1 $ alors que nous sommes loin de la ville. Il serait indécent et même stupide de discuter ce prix, puisque je m’attendais à payer au moins 5 $, voire à être racketté étant donné notre dépendance complète. Leur stratégie est simple : essayer de nous emmener dans une guesthouse qui leur paiera une commission, et nous proposer leur service pour la visite obligée autour de Siem Reap : les temples d’Angkor. Des courses d’une journée, très lucratives.

Pour 1 $, je ne partage même pas mon tuk-tuk avec l’allemand sympa que j’ai rencontré sur la pirogue, et nous nous suivons dans deux tuk-tuks différents, histoire de satisfaire les deux chauffeurs qui nous ont abordé. Et finalement nous n’allons même pas dans la même guesthouse, parce que sa priorité est de trouver une guesthouse pas chère, alors que la mienne est d’être près du centre à cause de mon pied mal en point, entre autres blessures. Une fois installé dans une guesthouse correcte mais sans intérêt, je pars refaire le plein à la pharmacie, puis un rapide tour du centre. On ne m’avait pas menti, Siem Reap est très touristique, le centre est en fait réduit à trois ou quatres blocs où s’alignent les restaurants et bars branchés et occidentalisés. Aucun intérêt culturel donc mais ce n’est pas désagréable de temps en temps de se retrouver dans ce genre d’endroit, pour se faire un peu plaisir en tout confort. Aligner uniquement des lieux touristiques et occidentalisés enlèverait tout sens au voyage ; aligner uniquement des lieux hors des sentiers battus, au confort spartiate, serait un peu dur et lassant. Dans un long voyage, on ne fait pas que voyager, on vit aussi, donc il ne faut pas renier ce que l’on est, un occidental qui aime se faire plaisir.

Le jour suivant est entièrement paresseux, passant d’un bar cozy à un restaurant recommandé pour écrire le blog, reposer mon pied douloureux et surtout potasser ce qui va occuper l’essentiel de mon séjour ici : la visite des temples d’Angkor. J’embauche Vey, mon très sympa chauffeur de tuk-tuk de la veille, et nous convenons de partir à 5h le lendemain pour assister au lever de soleil sur le temple le plus connu et peut-être le plus majestueux : Angkor Wat. Le lendemain il est là à l’heure, et sur sa moto on se retrouve dans un trafic impressionnant pour une heure si matinale. Les temples d’Angkor sont quand même la huitième merveille du monde, ils drainent un public énorme (groupes d'asiatiques surtout), et le lever de soleil à Angkor Wat est un classique absolu. Une fois déchargé de 40 lourds dollars pour trois jours de visite, un prix astronomique pour l’Asie du Sud-Est, j’arrive avec mon chauffeur à Angkor Wat, au milieu d’une foule énorme qui se presse pour trouver un bon angle de vue avant le moment fatidique du premier rayon. Les tours du temple sont devant nous, les lueurs naissantes du soleil juste à gauche, la photo serait parfaite s’il n’y avait des centaines de silhouettes aux vêtements voyants devant moi, rendant difficile le cadrage d’une bonne photo en évitant ces tâches humaines disgracieuses dans un cadre si grandiose. Et le soleil apparaît enfin, me laissant un peu sur ma fin sur la magie habituellement attendue d’un lever de soleil dans un endroit spécial.
Lieu mythique n°9 atteint.




Pour battre le lever de soleil sur l’île de Pâques il y a quelques mois, il faudra repasser. Enfin bon je l’ai fait. Vey m’a concocté un petit itinéraire sympa, et me propose de ne pas visiter Angkor Wat aujourd’hui, mais de filer à Angkor Thom à quelques kilomètres de là. C’est le deuxième site le plus réputé, d’un style différent, comprenant plusieurs temples, bassins, terrasses. A cette heure-là il y a encore peu de monde, et je commence par le Bayon, splendide avec ses visages ronds sculptés dans la pierre et ses différentes tours.




Je fais le tour du site, avec notamment le Baphuon restauré par une équipe française, me balade seul sur de petits chemins dans les arbres, jette un coup d’œil à une grande cérémonie qui draine de nombreux moines, et retrouve Vey qui m’emmène à une série de petits temples tous très différents, pour finir au célèbre Ta Prohm, un temple envahi par la végétation et qui a notamment servi de décor au film Tomb Raider. Des arbres énormes ont poussé sur la pierre, fragilisant les édifices pour finalement en devenir le soutien. Quand les temples d’Angkor avaient été découverts, le plan de restauration avait judicieusement décidé de laisser ce temple dans cet état d’envahissement, pour ne pas risquer son effondrement, ce qui donne maintenant un site magique, qui donne presque l’impression d’être un décor en carton-pâte.




Malgré la chaleur écrasante à midi, et les demandes incessantes des locaux, adultes et enfants, qui essaient de vendre quelque chose, j’ai le courage d’en faire un de plus, le Banteay Srei, quasiment vide de touristes et vraiment très beau. Vey me ramène en ville, et m’aide à déménager mon sac vers une autre guesthouse beaucoup plus sympa, avec plein de gens, un bar en terrasse, tout ce qui peut rendre un séjour très sympa. Je glandouille donc toute l’après-midi, et le soir je retrouve Jola que j’avais quittée il y a dix jours à Kep après Rabbit Island. Je ne la suis pas avec sa copine hollandaise, je ne suis pas vraiment en état de sortir et de bouger.

Les trois jours suivants sont consacrés à ne quasiment rien faire, sinon bouquiner alternativement le Lonely Planet et un vrai bon bouquin enfin déniché, boire des shakes au bar de la guesthouse, essayer des petits restos sympas … et filer à la clinique pour soigner mon pied qui fait une petite infection (sûrement par jalousie envers l’autre pied qui avait fait la sienne une semaine avant).

Le dernier jour … revoilà Fiona. Elle sort d’une nuit de bus, mais je l’embarque pour aller visiter les temples que je n’ai pas encore vus. Mon pied est encore très douloureux, mais tant pis, pas question de rater ça. J’embauche Cobra, un chauffeur de tuk-tuk bien sympa que je connais depuis trois jours et qui traîne toujours dans la guesthouse. Nous commençons par le majestueux Angkor Wat, le plus célèbre de tous. Effectivement impressionnant mais peut-être pas le plus beau de tous. En milieu de matinée les touristes se font moins nombreux, la plupart le visitent à 6 heures après le lever de soleil.




On poursuit avec le Preah Khan, à quelques kilomètres de là et hors des principaux itinéraires touristiques. Ce temple est une succession de portes, plus ou moins en ruines. Nous y sommes presque seuls et par chance la pluie se met à tomber, ce qui nous permet de nous livrer à de petites expériences photographiques, entre pierre et pluie, silhouettes et noir et blanc.




Un petit effort supplémentaire pour visiter Ta Som et Pré Rup, encore très différents, et retour à la guesthouse sous un temps humide. Après-midi tranquille à trier les photos, et petite soirée au bar à discuter avec des français. Le lendemain on me prend à froid à 6h30, alors que mon bus part normalement à 7h30 pour Phnom Penh. J’ai choisi d’y retourner pour voler vers Bangkok et obtenir un visa plus long.

Je quitte donc le Cambodge, tout juste le jour où mon visa expire, après un mois à l’avoir parcouru. J’en retiendrai surtout la grande gentillesse des gens, la beauté de leurs villages et maisons traditionnelles, l’horreur de ce qu’ils ont vécu il n’y a pas si longtemps avec les Khmers Rouges, de belles balades à deux-roues rythmées par les Hello et les sourires, de belles plages et de splendides îles. J’ai évidemment aimé les temples mais ils ne m'ont pas marqué plus que ça. Finalement j’ai été comblé par de petites choses simples, notamment à Kratie et Kom Pong Cham alors que ces étapes étaient presque anecdotiques. Je n’ai quand même pas été charmé autant qu’au Laos, peut-être à cause de l’absence de paysages particuliers, et d’une certaine redondance justement avec le Laos.

Enfin je ne regrette pas d’avoir ajouté le pays khmer à mon itinéraire, et je le recommande vraiment. Maintenant je vole vers le chaudron rouge de Bangkok pour visiter mon dernier pays, la Thaïlande !
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mardi 16 mars 2010

Arrêt sur voyage à Hanoï

6h30 à Hué. L’œil pas net et le teint blafard, je monte dans le bus qui m’emmène à l’aéroport. J’ai choisi de monter d’une traite dans le nord, à Hanoï, et le billet d’avion que j’ai trouvé à 40 € me permet d’éviter un trajet de bus nocturne qui aurait forcément été pénible. Le vol est vite passé, à l’arrivée il fait très gris et pas bien chaud, c’est encore l’hiver alors que le soleil était écrasant à Saïgon.

Je monte dans une navette Vietnam Airlines, pour éviter les minibus qui rabattent les voyageurs vers des hôtels « pirates », c’est-à-dire des hôtels qui prennent le même nom qu’un hôtel réputé, détournent les clients grâce aux taxis, motos et minibus, et se débrouillent pour arnaquer autant que possible ceux qui sont tombés dans le panneau. Un jeune couple de français un peu râleurs discute du prix avec le chauffeur qui leur annonce 45 000 dongs. Je me suis assis sans rien demander, et il ne me fait payer que 35 000 dongs. Je n’ai pas tout compris mais cela me convient !

Le transfert de l’aéroport au centre de Hanoï est quasiment plus long que le vol. De chaque côté de l’autoroute, les images traditionnelles du Vietnam sont bien présentes : rizières, silhouettes au chapeau conique courbées en deux pour re-semer le riz, buffle massif tirant une charrue les pattes plongées dans la boue, vélos attendant à chaque coin de rizière … mais d’énormes poteaux publicitaires sont plantés ça et là, gâchant un peu le spectacle, et révélant le mouvement en avant du Vietnam. Après une traversée interminable de Hanoï, le bus arrive enfin dans le centre. Au coin d’une rue, je vois au moins cinq motos démarrer simultanément en trombe et se lancer aux trousses de notre bus, affamés par la perspective de décrocher un client. Je marche les 500 mètres qui me séparent de mon hôtel, dans une petite ruelle plein d’hôtels pas chers pour backpackers. Comme à Hué, j’ai choisi un pur, avec dortoir, bar, ambiance, et plein de gens à rencontrer. En fait c’est le même propriétaire australien qu’à Hué, je vise une valeur sûre.

Je m’écrase trois bonnes heures pour récupérer, et au réveil un américain de mon dortoir me signale que la bière est offerte sur la terrasse. C'est un argument de poids, la visite de Hanoï attendra, en plus il fait toujours mauvais et froid. Première journée passée donc à dormir et à enfiler des bières avec d’autres backpackers, ça fait du bien de perdre une journée de temps en temps.

Le lendemain, je m’offre une première balade rapide dans la vieille ville, ramification de petites rues bondées de petits magasins, avec motos roulant dans tous les sens bien sûr. Je me trouve un petit café avec une vue splendide sur le lac Hoan Kiem, et sa fameuse Tour aux Tortues en son centre, le temps d’en lire un peu plus sur Hanoï, et de réfléchir aux jours à venir puisque mon visa expire bientôt. Après un petit resto dans la vieille ville, et un poulet aux cinq saveurs à tomber par terre, je pousse ma balade vers le marché Dong Xuan, dans un énorme bâtiment, qui me fait immanquablement penser aux marchés d’Amérique du Sud, avec son organisation par type de marchandises, son bazar organisé, ses odeurs … ici c’est surtout le poisson séché et les crevettes séchées qui valent le détour.




Je remarque que je ne suis pas beaucoup sollicité pour acheter, et que les vendeuses ne sont pas très souriantes. Comme dans les rues d’ailleurs, on sent les gens assez peu chaleureux mais ils nous laissent tranquilles. En tout cas on est très loin des gens désagréables dont j’avais entendu parler. Dans le sud et le centre du pays, il y avait une vraie chaleur et une vraie gentillesse, mais plus d’insistance à essayer de nous vendre quelque chose. Une fois le marché arpenté dans tous les sens, je retourne au lac pour visiter le temple Ngoc Son, qui se trouve sur un petit îlot sur le lac. C’est bondé mais assez mignon, et on y trouve même une tortue géante empaillée. Le lac abrite-t-elle vraiment deux ou trois de ces tortues géantes, ou est-ce une légende savamment entretenue en introduisant ces tortues de temps en temps ? Comment peuvent-elles survivre dans ce lac en plein milieu urbain et pollué ?




Je poursuis ma balade le long du lac jusqu’au quartier de l’Opéra, et je passe au Centre Culturel Français puis à la Cinémathèque, dans le but de satisfaire ma faim grandissante de films. Je tombe mal, le programme est limité ces jours-ci. Au retour, la Tour aux Tortues et le temple Ngoc Son sont illuminés et irradient le lac. Soirée tranquille à l’hôtel, au rythme de la happy hour. Je rencontre un vieux backpacker britannique, qui continue à voyager, fréquenter les hôtels pour backpackers et les bars, malgré ses 68 ans au compteur. D’ailleurs il vient de traverser le Vietnam sur une petite moto, même pas peur ! Respect, j’espère pouvoir en faire autant à cet âge. Il m’accompagne pour un peu de gastronomie de rue, un magasin de casques la journée qui se transforme en barbecue le soir. Ça y est je suis un vrai froggie, j’ai goûté à mes premières cuisses de grenouille ! Une fois rassasiés, nous allons dans la vieille ville pour goûter à un rituel social très spécifique : le Bia Hoi Hanoi. Il s’agit de cafés locaux, agglutinés sur certains carrefours, où l’on peut boire de la bière fraîche et vraiment pas chère, et demander par une formule spéciale à ce que le verre soit rempli à nouveau. Assis sur une mini-chaise en plastique sur le trottoir, devant un café qui ne paie pas de mine, nous apprécions de partager cette tradition.

Le lendemain je prends mon temps pour émerger, et me dirige vers le Temple de la Littérature. A l’extérieur des écrivains, jeunes ou vieux en tenue traditionnelle, usent de tous leurs talents de calligraphes. A l’intérieur une succession de cours et temples, avec plaques gravées en forme de tortue, en l’honneur des brillants étudiants que le Vietnam a connus. Dans un des derniers temples, j’assiste à une démonstration de musique traditionnelle, avec des instruments hallucinants de complexité et de beauté, maniés avec talent par des vietnamiennes en tenue traditionnelle. Quelques statues imposantes de Confucius viennent compléter la beauté du lieu.




A la sortie des toilettes payantes, un jeune vietnamien veut payer pour moi, certes un montant dérisoire, mais je suis à nouveau scié par cette gentillesse spontanée, surtout qu’à la différence de niveau de vie s’ajoute celle de l’âge, c’en est presque gênant. Mais cela lui fait plaisir de voir un étranger, et de pouvoir discuter un peu en anglais. Je les cherche encore, les habitants désagréables de Hanoi !

Au retour du temple, je m’arrête à nouveau dans un Bia Hoi Hanoi, mais purement local celui-là, sans le moindre voyageur assis. Je ne déclenche pas plus de curiosité que ça, un vietnamien s’assoit à côté de moi et dit juste « Hello, how are you » pour rigoler, il ne sait pas dire plus que cela. Je fais remplir mon verre une ou deux fois pour être vraiment dans le coup, et constate que les deux hommes face à moi passent leur temps à trinquer, avant chaque gorgée en fait. C’est un petit détail qui s’ajoute à la tradition.




Je rentre à l’hôtel juste à temps pour la happy hour, et je fais la connaissance de trois français. Avec eux et quelques anglais et canadiens, je me laisse embarquer vers le Snake Village, divertissement très touristique proposé par l’hôtel. Nous sommes emmenés à l’extérieur de Hanoï, dans un restaurant spécialisé dans le serpent. On commence par manipuler des serpents vivants pour la photo, puis ils demandent à trois d’entre nous de tuer un cobra. La méthode est cruelle : le volontaire l’ouvre dans la longueur à l’aide d’un couteau, et extrait le cœur encore chaud et battant avec ses doigts, et l’avale d’un coup. Même sans cœur le serpent bouge encore. Ensuite nous avons tous droit à boire le sang et la bile (mélangés à de l’alcool), et toute une série de plats à base de serpent, arrosés de vin de serpent. Il faut reconnaître que c’est excellent. Une fois rentré à l’hôtel, j’évite de rester avec les français trop immatures, et vais plonger dans les bras de Morphée.

L’énorme inconvénient de cet hôtel, c’est que tous les matins la moitié des backpackers s’en va, pour un tour organisé ou ailleurs. Donc la moitié de mon dortoir fait du bruit à 7 heures le matin, et il n’y a pas moyen de dormir tard. Mais il y a de la rotation et de nouvelles têtes à rencontrer. Je fais la connaissance de Ann, australienne d’origine vietnamienne, et Paul, britannique qui s’en va dans quelques heures. Nous faisons un petit tour de ville et un petit resto, et je leur fausse compagnie à 14 heures. J’ai un guide particulier pour l’après-midi, en la personne de Thu, la jeune vietnamienne que j’avais rencontrée au Delta du Mékong au début du mois. Elle habite Hanoi et m’a proposé de m’emmener avec sa moto pour visiter la ville. Après quelques aller-retours entre une agence française qui doit étendre mon visa et mon hôtel, nous allons vers le Mausolée d’Ho-Chi-Minh. Son corps est conservé depuis sa mort, et n’est visible que le matin. On peut visiter aussi sa maison, son musée, et une petite pagode posée sur un pilier, au milieu d’un bassin. Au milieu du trafic incessant, elle m’emmène ensuite voir le lac Ouest, un énorme lac en pleine ville qui vaut le coup d’œil.




Thu me pose un tas de questions. Comme de nombreuses jeunes vietnamiennes, elle ne serait pas contre l'idée de se trouver un occidental, mais elle semble avoir mal cerné la différence d’âge et le décalage total. Merci pour la visite, mais on s’arrêtera là. Je rentre à l’hôtel et retrouve Ann pour la happy hour, décidément le fil rouge de ce séjour à Hanoi. Après un bon burger juteux sur la terrasse, qui me change des noodles et du riz, nous partons terminer la soirée dans un des rares pubs de la ville, accompagnés d’un très jeune néerlandais.

Le jeudi est très inactif, à part une tentative de visiter le musée de la Révolution, ratée pour cause d’horaires pas très pratiques au Vietnam. Je ne bouge pas beaucoup de l’hôtel, jusqu’au soir où revoilà ... Gabriela ! Je ne compte plus le nombre de fois où nous nous sommes retrouvés, depuis Valparaiso il y a trois mois. Son trajet en Asie du Sud-Est est exactement inverse au mien, nous devions forcément nous croiser quelque part. Je ne dirai jamais assez à quel point c’est bon de retrouver des amis de voyage, l’envie de nouvelles rencontres étant parfois émoussé par la fameuse et répétitive discussion introductive (« Where you‘re from, how long are you travelling for … »).

Le lendemain je pars visiter la Pagode aux Parfums avec Ann, et sans Gabriela qui veut se poser et n’a pas beaucoup de temps pour visiter Hanoi. La Pagode aux Parfums est un haut lieu de pèlerinage pour les Vietnamiens, c’est un temple en haut d’une montagne, accessible seulement par bateau. Comme d’habitude le bus vient nous chercher à l’hôtel, mais passe une heure à parcourir le centre pour récupérer tous les clients. Ce qui fait qu’une heure plus tard nous repassons devant notre hôtel, c’est assez énervant de se lever tôt pour perdre son temps à faire des ronds en bus. Quand nous quittons enfin le centre, nous nous arrêtons pour faire le plein. Forcément tous les occidentaux dans le bus soupirent d’un air de dire « Il aurait pu le faire avant » alors que les vietnamiens ne disent rien et n’y voient aucun problème. On voit immédiatement la différence de mentalité mais aussi, objectivement, une certaine immaturité du service au client dans les pays en développement.

Une fois le plein fait, nous démarrons par deux heures de bus, assez violentes sur la fin parce que le chauffeur et le guide ont l’air paumés et nous emmenés sur une route défoncée. Puis nous montons dans une barque en métal, propulsée par une femme qui rame à l’arrière, et une autre à l’avant qui a l’air de sérieusement souffrir à cause de l’effort et de la chaleur. Autour de nous des dizaines d’autres barques partent ou reviennent de la Pagode, c’est impressionnant. Une heure de balade sur la rivière, dans un décor magique fait de verdure et de montagnes rocheuses, sous un soleil écrasant et nous arrivons au débarcadère, pour découvrir un lieu à l’exploitation commerciale démentielle. Des restaurants alignés exposent leurs animaux qui pendent au bout de crocs de boucher, dont certains me paraissent être des chiens. Puis des étals pleins de babioles kitsch, avec des vendeurs donnant de la voix au micro, des centaines de visiteurs, un bruit infernal.




Nous déjeunons sans échapper au bruit, et c’est l’heure de monter au sommet. Je décide d’éviter la télécabine, et monte à pied malgré la chaleur et les avertissements du guide. Des centaines de marches, pas un mètre de montée qui n’échappe aux stands vendant à manger, à boire, de l’encens, des souvenirs tous plus kitsch les uns que les autres, des tapis pour dormir pour les pélerins fatigués, et beaucoup d’ordures partout. J’attire beaucoup de regards et de sourires, il faut dire que quasiment personne ne monte à pied, et qu’il y a très peu d’étrangers. Alors un étranger qui monte à pied, forcément ça se remarque. J’arrive enfin en haut, le tee-shirt trempé, et croise seulement deux ou trois personnes du groupe. En fait l’essentiel de la visite tient en une grotte immense, au fond de laquelle on trouve un autel avec Bouddha, et des pélerins aussi fervents qu’enthousiastes, essayant de capter les gouttes d’eau qui tombent de la paroi, gouttes forcément sacrées. Il faudrait que je me renseigne un peu sur le bouddhisme, comprendre de quoi il retourne, mais j’observe les vietnamiens depuis un mois dans les temples, et je peux difficilement m’empêcher de penser qu’ils ont une approche très matérialiste et peu spirituelle de leur religion, en apparence au moins : ils donnent de l’argent à chaque autel, chaque statue de bouddha, et espèrent avoir de la chance et une belle vie en retour. Cela semble vraiment s’arrêter à ça, et à part quelques secondes de prière les mains jointes devant Bouddha, je vois assez peu de vrai recueillement. L’expression « La religion est l’opium du peuple » paraît bien illustrer ce que je vois. Je redescends rapidement, à pied encore et accompagné d’une collègue du guide qui m’explique beaucoup de choses, suppléant ainsi à la nullité du vrai guide.




Je retrouve Ann et le reste du groupe en bas, et nous repartons vers la barque en défilant devant les étals et restaurants, essayant de savoir si certains animaux qui pendent sont des chiens ou pas. A nouveau sur le retour, des centaines de barques remplies de vietnamiens, et propulsées pour la plupart par des femmes qui ne ménagent pas leur effort. Deux heures de bus un peu moins pénibles qu’à l’aller, et nous retrouvons Gabriela et un allemand. Un petit resto français et au lit rapidement, ma montée à pied à la Pagode des Parfums en pleine chaleur m’a laissé un méchant mal de gorge.

Comme je le craignais, je me réveille bien malade, et je zone toute la journée autour de l’hôtel. Mais je confirme quand même mon inscription à la croisière de trois jours vers un de mes lieux mythiques absolus, la Baie d’Halong. Comme Ann et Gabriela y vont aussi, je renonce à l’idée d’y aller par moi-même et je choisis le tour vendu par l’hôtel, bien qu’ils vantent davantage le côté « grosse fête » sur le bateau et la plage privée, que la croisière elle-même. Cela sent à plein nez le « party boat » pour jeunes backpackers qui pensent plus à boire qu’à découvrir le pays, mais je veux éviter de me retrouver sur un bateau avec des quinquagénaires chinois, et je pars bien accompagné avec Ann et Gabriela. Donc c’est parti pour le « party boat » !

Le lendemain je me réveille presque aussi mal que la veille, et nous commençons par quatre heures de bus vers Ha Long City, sur une route assez défoncée et dans un paysage pas terrible. On passe devant des rizières, avec ses paysans courbés et ses bœufs rustiques et massifs qui labourent, mais ces rizières sont pavées de poteaux électriques et panneaux publicitaires. Le Vietnam change vite et perd de sa photogénie en de nombreux endroits. C’est seulement en arrivant à Ha Long City que la magie s’annonce, les rochers commencent à s’élever au-dessus de l’horizon. Ha Long City est laide, et le port est encombré de jonques chinoises qui font la croisière dans la baie, mais dès que nous embarquons dans notre bateau et commençons la croisière, l’attente est récompensée.
Lieu mythique n°8 et ultra-mythique n°1 atteint.




Malgré le temps gris, très fréquent ici, la beauté de ces rochers tombant à pic dans la mer est magnifique, le calme et la sérénité qui se dégagent de l’endroit sont impressionnants. J’ai rêvé de cet endroit pendant longtemps, surtout à travers certains films, et j’y suis. Comme tous les lieux mythiques enfin atteints, l’excitation n’est pas aussi forte que l’attente, j’aimerais réaliser que ça y est, j’y suis. Il faut dire que pendant une semaine à Hanoi, j’ai entendu trop de backpackers dire « je fais le tour à Halong Bay demain », le banalisant ainsi à mes yeux.

Mais je réalise quand même un peu, même beaucoup, et je profite de cette croisière très lente et calme. Je me retiens de prendre des centaines de photos, qui risqueraient d’être toutes identiques. Le bateau glisse doucement sur l’eau, et finit par mouiller l’ancre pour nous laisser partir en kayak. Je partage le mien avec Ann, qui ne m’aide pas beaucoup, et nous accostons longtemps après tout le monde devant une grotte à visiter. Nous nous engouffrons dedans, en maillot de bain, tongs et lampe frontale, et découvrons un petit bassin paradisiaque de l’autre côté. Retour encore plus difficile au bateau avec Ann qui pagaie de moins en moins, au milieu des ordures, tristement très nombreuses dans la baie. Après le dîner, la soirée commence sur le bateau. J’évite de joindre la table des deux guides, avec les jeunes écervelés qui assimilent la Baie d’Halong à une simple occasion de faire la fête, et discute avec un australien plus mûr et très sympa. Ann est au lit depuis longtemps, elle a récupéré mes microbes, Gabriela n’est pas beaucoup mieux depuis qu’elle a quitté le Laos pour le Vietnam. Comme je suis toujours assez malade et que les cabines sont une vraie invitation à s’y reposer, je finis par me coucher tôt après un coup d’œil aux rochers qui dominent le bateau dans l’obscurité.

L’œil encore plus vitreux et les bronches encore plus obstruées, je me lève volontairement à 6 heures, pour profiter de la quiétude et de la lumière spéciale du matin, malgré le plafond nuageux qui ne nous quitte pas. Malgré les dizaines de bateaux qui mouillent dans le coin, la sérénité et le calme sont encore plus forts que la journée, et permettent de vraiment s’imprégner des lieux. Nous reprenons la croisière assez tôt, le bateau glisse pendant une heure sur une mer d’huile et dans un calme absolu, et nous embarquons dans un petit bateau qui doit nous emmener vers une petite plage privée et paradisiaque. Ceux qui ne font que deux jours de croisière nous quittent là, ainsi qu’Ann qui est officiellement malade et rentre plus tôt que prévu à Hanoi. Notre petit bateau nous emmène pour deux heures supplémentaires de croisière, d’abord vers la sortie de la baie, bien plus agitée, puis vers la baie Lan Ha, une baie voisine au nom moins connu mais en fait plus belle que Halong. Nous passons devant des maisons flottantes de pêcheurs, et nous arrivons sur une petite plage coincée au pied d’un grand rocher, avec quelques huttes et installations rudimentaires.




Nous débarquons et passons là l’après-midi et la nuit, entre glandouille, activités nautiques, ping-pong, et descente de bières pour passer le temps. Le soir, le même groupe de jeunes « cool » se forme, ignorant superbement le reste du groupe. Phénomène que j’ai souvent observé ailleurs avec amusement et agacement. Ce n’est pas très grave, il y a d’autres gens très sympas et ouverts, une bande d’hollandais, un norvégien, le couple d’australiens, Gabriela, et d’autres. Mais l’immaturité et la mentalité bas-de-plafond des jeunes écervelés fait pitié.

Je me couche tôt sous la hutte, toujours bien malade, et passe une troisième nuit difficile de suite, ça commence à peser. Lever très tôt pour admirer la vue depuis la plage, et réaliser à quel point le lieu est unique. Un petit ping-pong matinal avec l’australien, le petit-déj’, et nous réembarquons dans le petit bateau-navette venu nous chercher. Nous refaisons donc toute la croisière en sens inverse, d’abord la baie de Lan Ha, puis celle d’Ha Long à bord du grand bateau qui glisse toujours dans un silence parfait.




Retour à Hanoi après quatre heures de bus. Ann est invisible, probablement au fond de son lit dans un autre hôtel. Et je sais qu’elle repart en Australie le lendemain matin. Je reprends péniblement possession de mon lit en dortoir, cela fait une éternité que je suis à Hanoi et dans cet hôtel pour backpackers, animé et convivial mais bruyant en permanence. Mon envie de prendre mon temps à Hanoï et de voyager plus lentement touche ses limites ici, mais je n’ai peut-être pas choisi le bon endroit pour me poser, bien que j’aime Hanoï et son vieux quartier.

Toujours malade, je repars me balader le lendemain, en empruntant des rues en bordure du vieux quartier, rues dépourvues de touristes. L’occasion de prendre de belles photos, dans des rues pittoresques remplies de commerces originaux. Je reviens dans le vieux quartier, et passe devant un petit temple blotti au fond d’une ruelle. Mon premier réflexe est de ne pas le visiter, j’en ai vu beaucoup au Vietnam, des plus grands et des plus beaux. Mais pour une raison que j’ignore moi-même, j’entre quand même dans cette ruelle pour le visiter. Je commence par entendre de la musique, puis je vois une cérémonie à l’intérieur, une femme qui danse et des gens assis autour d’elle. Je reste à l’extérieur, à quelques mètres de la porte pour ne pas déranger, essayant d’y voir plus clair. Cette femme qui danse distribue des billets de banque aux gens assis dans le temple, elle porte de somptueux habits de cérémonie. Elle me voit à l’extérieur et me fait signe d’entrer, me montrant les billets de banque. Les gens assis me font signe aussi pour me convaincre d’entrer, je ne rate pas une occasion pareille. Je m’assieds légèrement en retrait dans le minuscule temple. A peine assis, la femme qui danse me tend des billets, que j’accepte avec un peu d’hésitation. Le montant n’est pas énorme mais pas ridicule non plus, supérieur aux billets que je vois glissés d’habitude dans les boites d'offrandes. Heureusement un jeune vietnamien parle un peu anglais et m’explique de quoi il s’agit : la femme représente un ange. Lorsqu’elle s’arrête de danser et change de tenue cérémonielle, aidée par deux hommes accroupis de part et d’autre, cela représente un ange qui s’en va et un autre qui arrive. Il poursuit son explication en me disant que je suis un homme chanceux, que l’ange l’a vu et m’a invité à venir pour cette raison. Alors que d’autres étrangers curieux passés quelques minutes avant moi n’ont pas été invités à entrer. Je suis chanceux parce que je suis passé au bon endroit au bon moment, et l’argent qu’elle donne à chaque personne est de l’argent porte-bonheur.

J’ai beau être très cartésien, et peu perméable aux croyances, j’ai envie de le croire quand il me dit que je suis chanceux : je suis entré dans ce temple alors que je n’en avais pas envie, et plus largement la chance ne m’a pas quitté depuis que j’ai commencé à préparer ce voyage, sur des détails comme sur des choses très importantes.




Chanceux ou pas, je profite de cette petite immersion culturelle privilégiée et observe le rituel : à gauche de l’autel, quelques musiciens qui jouent inlassablement le même morceau, très beau d’ailleurs ; sur l’autel, de part et d’autre de la femme-ange, deux hommes qui l’aident à changer de tenue entre deux danses (et prennent leur part de billets), et devant l’autel, assis, les chanceux autorisés à rester. L’ange démarre une danse, tenant des petits bâtons enflammés dans les mains, demande à quelqu’un de prendre un plateau de fruits et de les répartir dans les sacs plastiques déjà pleins de nourriture, puis nous jette de pleines liasses de billets, certes d'un montant faible mais le total commence à chiffrer. Ou elle s’adresse à quelqu’un en particulier et lui demande de venir chercher sa part de billets, à moi entre autres. Puis la danse s’arrête, elle quitte sa tenue pour une autre couleur, au moins aussi prestigieuse, et recommence à danser, et ainsi de suite. Parmi les « spectateurs chanceux », deux petites vieilles au visage rabougri qui semblent faire la loi ici. Comme je vois que l’atmosphère est détendue malgré la solennité de la cérémonie, que l’on m’autorise à prendre des photos, je me déplace sur le côté droit pour prendre une photo des musiciens, et je me fais vivement rabrouer par une des deux petites vieilles. Je reprends ma place tout penaud et range mon appareil, mais plus tard la petite vieille m’encourage à prendre une photo, à un moment ni plus ni moins solennel que celui où elle m’a rabroué. Plus tard elle rabroue une jeune vietnamienne qui envoyait un texto, mais s’autorise elle-même à allumer une télé qui traîne là, près de l'entrée.

Je me demande qui est cette femme-ange, d’où vient tout l’argent et la nourriture qu’elle distribue. Peut-être est-elle une dame riche qui s’offre le luxe de jouer aux anges, et que l’assistance joue le jeu à la fois par croyance en la chance et pour ramasser quelques biftons. Et quel est le lien avec la philosophie bouddhiste, puisque l’on vénère davantage la femme-ange que la statue de Bouddha juste devant elle ? Pendant que j’essaie de comprendre, les liasses s’amassent, les sacs de nourriture se remplissent (j’ai le droit à quelques fruits dans un petit sac), les tenues magnifiques et les danses se succèdent. Au bout d’une bonne heure, voyant que je n’ai plus rien à découvrir, je finis par m’en aller, gentiment salué par les autres spectateurs chanceux. Au retour je m’arrête à un Bia Hoi Hanoi sur mon carrefour préféré du vieux quartier, pour boire une bière fraîche et discuter avec quelques hollandais, et je rentre à l’hôtel, tout content de ma petite expérience culturelle.

Le lendemain n’est pas bien productif, je récupère enfin mon passeport et mon extension de visa, et je peux enfin me décider à quitter Hanoi, et l’hôtel qui commence à me sortir par les trous de nez. Je vais dire au revoir à Gabriela, coincée dans sa chambre d’hôtel pour cause de mauvais diagnostic médical, et achète mon billet de bus pour une étape qui s’annonce haute en couleur, en authenticité : le nord du Vietnam, à la frontière chinoise.

Terminé l’arrêt sur voyage, adieu Hanoï !
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lundi 14 décembre 2009

A Rapa Nui, j'ai trouvé le paradis

Après trois jours de visite rapide de Valparaiso et Santiago, histoire de faire une transition en douceur, je me retrouve à l’aéroport de Santiago.

La destination : ultra-mythique.
Le lieu : au milieu du Pacifique.
Mon attente : très forte.
Le nom : Rapa Nui en maori, Ile de Pâques en français.

Ile qui fait rêver, et qui reste tellement à l’état de rêve qu’on ne sait généralement pas la placer sur une carte. C’était mon cas jusqu’à la préparation du voyage, et maintenant je suis à cinq petites heures de toucher ce rêve. Et qu’est-ce qui fait rêver, à part sa situation d’île dans le Pacifique ? Les statues Moai, imposantes et figées face à l’océan quasi-infini. Ce sera aussi ma transition entre l’Amérique du Sud et le départ vers l’Océanie. Rapa Nui appartient au Chili qui l’a conquise mais ne lui verse pas un sou de subvention, et n’a pas la moindre influence sur elle, sinon de la priver de son indépendance. Pourquoi le monde entier l’appelle Ile de Pâques alors que son nom maori est beaucoup plus beau ? Parce qu’elle a été découverte en 1722 par un hollandais … le jour de Pâques.

Dès la descente d’avion, la sensation est nette : je suis arrivé au paradis. Il fait chaud, les palmiers sont partout et la végétation est luxuriante. Je vois l’océan depuis le tarmac, lui-même en bordure de la seule ville, Hanga Roa. Il va aussi falloir se faire à ces noms maoris, tous très beaux mais un peu compliqués.



Je m’installe au residencial Chez Erika, où se trouve déjà Gabriela, rencontrée à Valparaiso et arrivée un jour avant. De nombreuses maisons d’hôtes s’appellent « Chez … » et apparemment une bonne partie de la population parle un peu de français, en plus du maori et de l’espagnol. Tahiti n’est pas loin …

Gabriela a déjà commencé à visiter l’île avec David, espagnol de Madrid, très sympa et qui fait attention à ne pas parler trop vite. Et nous trois sommes les seuls clients dans le residencial. Tout démarre bien si on veut bien oublier que la patronne a un gros caractère pas toujours bien placé, et la famille est un peu spéciale, affichant une nonchalance désinvolte à tout âge.

Je suis à peine arrivé et installé qu'on part voir le coucher de soleil devant les statues qui se trouvent juste à l’extérieur de la ville. Dix petites minutes de marche et nous y sommes. Un premier ahu (autel en maori) sur lequel se dressent cinq moais, et un peu plus loin un autre ahu qui supporte une statue unique, plus grande, aux yeux de corail éberlués, à la coiffe rouge. Et derrière l’océan Pacifique.

C’est presque trop rapide, j’ai du mal à réaliser que j’y suis. Ce qui n’était qu’un rêve inatteignable est là, devant moi, magnifié par le coucher de soleil sur cet océan Pacifique qui m’est encore peu familier, malgré quelques étapes en Equateur, au Pérou et au Chili.
Lieu ultra-mythique n°7 atteint.



La capacité d’émotion est toujours en-dessous de la magie du lieu. On voudrait être plus excité, mais voilà on contemple en silence, tout en intériorisation. Et rapidement on se demande comment méritent d’être cadrés ces monuments uniques dans le monde, comment on peut les immortaliser par une photo à la hauteur, alors qu’ils sont déjà immortels.

Le coucher de soleil se termine, peut faire mieux. J’aurai encore quatre jours pour profiter des Moais, on passe donc à la deuxième réjouissance : la gastronomie locale. Un plat en particulier : le ceviche. Je l’avais découvert et dévoré à Puerto Lopez en Equateur, redécouvert en plus épicé au Pérou, et je le retrouve ici, cuisiné encore différemment, à base du poisson local le kana-kana.

Manger un ceviche à tomber par terre, avec un jus de mangue, sur une petite terrasse en bois que viennent lécher les vagues du Pacifique, au son de la musique traditionnelle et de la fameuse guitare, avec deux récents mais non moins excellents copains de voyage. Là j’ai réalisé un peu plus que j’étais au paradis, mais je n’ai pas fini de réaliser encore un peu plus …



La soirée se termine dans un bar où un groupe local joue la musique traditionnelle des îles du Pacifique, en plus moderne. Cette musique et les chants sont un peu répétitifs, mais j’adore. Vu les prix prohibitifs sur l’île, valables également pour les cocktails, on évitera d’y passer toute la nuit.

Le lendemain, nous laissons les statues un peu tranquilles et montons au volcan Rano Kau. L’île est pleine de volcans, assez petits et endormis, ce qui donne un paysage particulier au centre de l’île : des collines ou petits sommets, aux pentes très douces, lisses et vertes. Aucune rupture, aucun relief agressif, seulement quelques roches volcaniques, le plus souvent taillées en statues au autres éléments de la culture maori. Mais à part cette herbe verte omniprésente, très peu de végétation de taille : les arbres ont quasiment disparu, éliminés par les incendies et la surexploitation.



Le volcan Rapa Nau, au bord même de l’océan, a un magnifique cratère tout en verdure, et le fond est un vrai petit écosystème, très humide, avec des arbres à café et autres espèces particulières. Autour du volcan, nous sommes accueillis dans le Parque Nacional par un garde prolixe et à l’œil pétillant, qui nous abreuve en anecdotes historiques et linguistiques (maintenant je sais dire « couillon » en espagnol), et parle même le français. Dans le Parque, de nombreuses trouvailles archéologiques, des maisons en pierre très basses et à l’entrée minuscule, à rendre une taupe claustrophobe, pour se protéger des clans ennemis. D’ailleurs vu le gabarit des maoris, on se demande comment ils entraient dans leurs propres maisons.
Petit pique-nique contemplatif devant l’océan, un nuage très localisé se répand en eau, donnant une image étonnante. Et nous redescendons vers Hanga Roa.

Soirée tranquille et petite bouffe dans la grande cuisine vide du residencial, alors qu’une réunion politique essentiellement féminine se tient sur la terrasse. J’avais lu dans l’avion que les femmes ici sont très actives politiquement. Seul un mari est là, apparemment pour s’occuper des enfants qui tournent en rond, mais il les expédie dehors, surtout content de goûter aux pâtes préparées par David, et de nous expliquer le combat politique principal : limiter au maximum l’activité touristique, que quelques politiques peu scrupuleux voudraient voir exploser en agrandissant l’aéroport. Au moins un Airbus déverse de manière quotidienne son flot de touristes (et en emporte autant), mais malgré cela la vie semble préservée, on croise essentiellement les locaux en ville, il n’y a aucun gros hôtel en béton. Ils veulent donc en rester là, bien que la vie coûte très cher et qu’ils pourraient être tentés de tirer plus d’argent du tourisme. Mais non, ils veulent garder leur authenticité.

En plus de cette lutte contre le développement du tourisme, d’une manière permanente ils réclament leur indépendance. Il est vrai qu’ils n’ont rien à voir avec le Chili, ni culturellement ni ethniquement ni géographiquement.

Le lendemain, lever extrêmement tôt, et on prend la route dès 5 heures avec notre 4x4 de location. Je m’installe au volant et évite tant bien que mal les monstrueux nids de poule sur la route, vers le nord de l’île, Tongariki. Coup de chance il fait beau, le lever du soleil sur les statues s’annonce comme un beau spectacle. A défaut de savoir à quelle heure se lève le soleil, et par peur de se lever tôt pour rien en le ratant de peu, nous sommes partis vraiment très tôt, et arrivons en pleine obscurité sur le site. Mais l’attente est d’autant plus agréable, on ausculte les lieux, on marche dans le noir de gauche à droite devant les statues pour chercher l’endroit idéal, le cadrage parfait pour la photo parfaite. On évite de marcher sur ce qui ressemble à un rocher mais est en fait une statue renversée au sol. On profite de ces instants silencieux pour apprécier l’endroit à sa hauteur.



Le ciel s’éclaircit doucement, nous ne sommes plus seuls, quatre ou cinq autres 4x4 sont arrivés mais ça reste très supportable. Tout le monde marche de plus en plus vite sur le site pour chercher le bon angle. Je le trouve enfin en montant sur un muret de pierres loin derrière. Il commence à faire très clair, et des couleurs magiques colorent les nuages et emplissent doucement le ciel, d’abord un léger jaune qui vient contraster avec le bleu, puis le jaune devient orange vif et inonde le ciel. La longue rangée de quinze statues est déjà impressionnante par elle-même, mais sur ce fond orange vif elle irradie littéralement.



Et le soleil se lève, pour moi entre deux statues. Finalement c’est toujours pareil avec le lever du soleil, c’est quand il se lève que tout est fini, puisqu’il monte très vite dans le ciel et que les couleurs s’effacent. On se dit « ben ça y est, c’est fini, j’ai attendu longtemps pour un instant qui a duré cinq secondes. » Mais en fait c’était l’attente le meilleur. Cela me rappelle d’autres levers du soleil assez magiques, comme celui au sommet du Toubkal au Maroc, avec les lueurs de Marrakech au loin.

Le spectacle est fini, mais on ne s’en va pas pour autant, difficile de quitter ces statues. On continue à les ausculter sous toutes leurs coutures, notamment pour apprécier les différences : elles ne font pas toutes la même taille et n’ont pas toutes la même expression faciale. C’est parce que ces statues étaient liées au culte des Maoris, selon lequel il fallait vénérer les anciens, et les représenter comme ils étaient, pour se protéger des invasions extérieures et des autres clans. Derrière nous une petite montagne rocheuse dans laquelle étaient taillées les statues, puis transportées jusqu’au ahu en bordure de l’océan. Ce transport pouvait durer un an, à l’aide de troncs d’arbre.

On reprend la route jusqu’au site archéologique de Te Pito Te Kura, où l’on trouve de nombreux dessins gravés dans la roche, représentant notamment des poissons et requins. La plage déserte d’Ovahe, juste sous la falaise instable, est l’endroit parfait pour prendre le petit-déj’ et s’endormir au bruit des vagues, histoire (d’essayer) de récupérer de ce lever à 4h30.

Nous profitons de la voiture pour écumer les différents sites archéologiques, en incluant une randonnée sur le volcan qui domine toute l’île, Terevaka. De là la vue est à 360° sur toute l’île, je peux me rendre compte qu’elle n’est pas grande mais magnifique, toute en courbes douces et vertes. Au sommet nous sommes alpagués par un anglais bavard et collant, qui de fil en aiguille demande s’il peut profiter de notre voiture pour aller à la plage. Il n’inspire de sympathie à aucun de nous trois mais nous sommes trop gentils pour refuser. Début d’une incruste un peu pénible …

Un dernier tour par la plage d'Anakena, la plus belle et la seule vraiment fréquentée, bordée par les palmiers et quelques statues Moai. Pas de chance il se met à pleuvoir, il nous reste les petites bicoques pour s’envoyer un ceviche de kana-kana, toujours à tomber. Finalement la journée passe vite, il faut rendre le 4x4 au loueur (et l’anglais à son hostel, oufffff).



Soirée tranquille au residencial, où nous sommes toujours seuls. Le lendemain David repart sur le continent. Là où je m’en vais bientôt, aucune chance de le recroiser malheureusement. Les innombrables retrouvailles de voyageurs en Amérique du Sud vont s’arrêter là, mais un nouveau cycle reprendra probablement.

Je passe une journée tranquille, à visiter la ville et contempler les moais pendant plusieurs heures, assis dans l’herbe. Autour de moi, un maori essaie d’attraper un cheval en liberté. C’est ça le mode de vie ici : on se promène en cheval, parfois sans selle, on surfe, on jour de la musique maori, on pêche …

Je retrouve Gabriela pour dîner dans notre restaurant préféré, au bord de l’eau, à la meilleure table soigneusement réservée, pour manger un ceviche sans même regarder la carte. Devant nous des surfeurs chevauchent les gros rouleaux qui déferlent, en se moquant des rochers volcaniques coupants qui affleurent à la surface. Ou pêchent sur un rocher, tenant juste une ligne à la main, sur fond de coucher de soleil multicolore. Là Gabriela et moi avons conscience d’être au paradis, nous avons même besoin de le dire pour le formaliser.



Le temps d’avaler un cocktail divin pour lui raconter dans les détails que je n’ai pas toujours voyagé seul (malheureusement), nous retournons au residencial pour une grosse nuit. Le lendemain c’est au tour de Gabriela de s’en aller, mais nous ne nous quittons pas pour très longtemps. Je m’offre encore une journée tranquille, pour contempler pensivement les statues et ressentir la magie à sa hauteur. Trois heures à écrire à ma table préférée de mon restaurant préféré, face à l’océan, devant les rouleaux et les surfeurs. Et j’y retourne moins de deux heures après, pour avaler goulûment un énième et dernier ceviche devant le coucher de soleil, squattant la meilleure table au grand malheur d’un sympathique cinquantenaire américain qui en avait profité la veille.

Alors que je vais me coucher après avoir enfin intériorisé ce paradis, le residencial s’est finalement rempli de touristes. Je leur dis qu’ils paient deux fois et demi plus que moi ? (OK ils ont le petit-déj’ inclus et pas moi, mais j’ai quand même réussi à chiper du gâteau à la papaye quand personne regardait, alors bon !). Le lendemain je vais rapidement jeter un dernier coup d’œil à la plage avant de marcher lourdement chargé vers l’aéroport (jusque là j’étais content quand je pouvais marcher du terminal de bus à mon hostel, ou inversement, mais ici on peut marcher jusqu’à l’aéroport !). Cinq heures de vol jusqu’à Santiago où j’ai décidé d’enchaîner sans pause sur le vol suivant vers l’ouest, l’autre côté du Pacifique, un monde complètement différent, la Nouvelle-Zélande.

C’en est donc fini de l’Amérique du Sud : cinq mois de voyage, cinq pays visités, l’espagnol à peu près maîtrisé, une culture qui prend aux tripes, des habitudes de vie bien ancrées, des milliers de kilomètres parcourus surtout en bus, des rencontres innombrables dont certaines ne s’arrêteront pas là. Je repense à mes premiers jours à Quito, et même à mes premières semaines en Equateur, et cela paraît loin, très loin. Difficile de dire si j’ai changé mais ces premières semaines de voyage paraîssent être dans une autre vie.

Je pense à ce départ d’Amérique du Sud depuis déjà un moment, depuis Ushuaïa au moins, et cela me rend triste. Un peu paradoxal puisque j’ai envie d’un peu de changement, d’un nouveau souffle dans ce voyage, mais l’Amérique du Sud est un continent qui prend aux tripes, dans lequel on n’a pas fini d’être surpris par la façon d’être de ses habitants, tout en s’y habituant et en l’adoptant. Et cette langue presque unique, l’espagnol, qui lui donne une unité réelle malgré les énormes disparités d’un pays à l’autre.
J’en parlais avec Gabriela et elle avait la même sensation, la même difficulté de réaliser qu’elle allait quitter ce continent qui lui est devenu si familier.

Je laisse aussi des voyageurs que je ne pourrai pas recroiser dans ce voyage. Les opportunités de retrouvailles avec eux sont grillées par mon mouvement vers l’ouest. Profitez encore de l’Amérique du Sud pour moi, Josh, Anaïs, Bronia, Maria, Cyril, Emilie et Hervé, Antonia, Valentine, Gilles-Yann et Clara, Candido, Stefen, Yonantan, Tim et Sadie, Hap, Jenny et Eli, Norine pour ne citer qu’eux. Beaucoup d’autres sont déjà rentrés chez eux et doivent se repasser les images en tête. Disfrutad, disfrutad, y que vayais bien !!!

J’éviterai de faire un bilan chiffré de ces cinq mois, mes mots et photos parlent pour moi. Je n’ai malheureusement pas le temps de me relire, mais ce serait le moment de le faire. Et quand il m’arrive de le faire, c’est presque la larme à l’œil. Toujours cette émotion du souvenir plus forte que l’émotion du moment présent. C’est peut-être aussi un signe de « carpe diem sans trop se poser de question », c’est peut-être bien aussi.

Le temps qui passe si vite fait un peu mal, même lorsqu'on l’a bien rempli. Et je voudrais presque refaire le même itinéraire tellement les souvenirs que je laisse dans chaque endroit sont énormes. Allez on se retrouve en bonne compagnie, dans treize heures de vol et quinze heures de décalage horaire, dans un autre monde qui sera moins exotique mais aussi magique, le bout du monde vu de la France … la Nouvelle-Zélande !

Adios America del Sur, hasta muy pronto ! Regresaré, claro que si !!
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samedi 5 décembre 2009

Ushuaïa, séquence frisson … ou non

Je quitte Puerto Natales au petit matin, pour une longue journée de bus, douze heures. C’est beaucoup moins que certains des précédents trajets, mais ici on ne trouve plus les bus hyper-confortables du nord, avec les fameux camas inclinables. Après cinq petits jours au Chili, la tête pleine d’images grandioses, je repars en Argentine pour ma dernière étape dans ce pays fantastique. Et pas la moindre étape, la fin du monde, la cité la plus australe du monde, un nom qui fait en rêver beaucoup, Ushuaïa.

Le bus traverse la pampa presque plate pendant plusieurs heures. Ce paysage de steppe est seulement égayé par les grosses touffes d’herbe, quelques vaches, moutons, et deux jeunes autruches. Tout autour de la route, un vaste espace désolé, vide. De temps en temps une ferme, dans un état misérable.

Premier changement de bus au bout d’une heure et demie, pour en prendre un autre déjà bien rempli. Puis plus tard nous traversons le détroit de Magellan sur un ferry, pour rejoindre la Terre de Feu. L’eau est grise, les deux rives offrent un paysage désolé, juste un phare pour égayer tout cela. Au moins la sensation d’arriver dans un lieu à part, au bout du monde, est réelle.




Le trajet s’étale en longueur, mais difficile de s'endormir puisque les arrêts se multiplient : passage du poste-frontière chilien, puis argentin, puis à nouveau changement de bus à Rio Grande pour entamer la plus belle partie du trajet. Le paysage commence à onduler un peu, puis apparaît une immense forêt, un peu morbide avec des troncs morts par milliers, ou vivants mais tordus à cause d’un parasite sous forme de cheveux verts. Je me demande comment sont entretenues les forêts en Patagonie, mais partout où j’ai randonné, j’ai vu le sol jonché de ces arbres morts.

Puis les montagnes enneigées réapparaissent derrière un lac immense, et une forêt continue de conifères, bien vivaces eux. Le passage d’un col est l’occasion de dominer un lac magnifique, doublé par un autre lac beaucoup plus loin. Puis le bus redescend dans la vallée, cernée de sommets en neige, et qui alterne les espaces boisés et les espaces rasés par l’exploitation forestière, découvrant un sol rouge ou orange.




Et enfin apparaît la ce qui semble être beaucoup plus qu’un lac, c’est le canal de Beagle. Ce qui signifie que nous arrivons à Ushuaïa, et effectivement un panneau l’annonce, précisant que c’est la cité la plus australe au monde. Forcément je pense : « Ça y est j’y suis ». Un des noms mythiques qui m’a le plus fait saliver lors de la préparation du voyage, qui me faisait déjà rêver tout petit lorsque je regardais l’émission de Nicolas Hulot. Comme d’habitude, l’excitation n’est pas aussi forte qu’on le voudrait, mais quand même il y a la sensation d’avoir achevé quelquechose, à la fois un vieux rêve et la traversée de l’Amérique du Sud, de Quito en Equateur à Ushuaïa.
Lieu ultra-mythique n°6 atteint.

Pour la partie Rêve, c’est fait. Mais comme je l’avais entendu d’autres voyageurs, la réalité est plus terre-à-terre. Ushuaïa est une ville assez ordinaire, tout à fait moderne, ni laide ni belle. Et à la sortie du bus, étonnament il fait bon, il y a peu de vent. Des conditions plus radicales m’auraient plu, et auraient été à la hauteur de ce lieu mythique. Et même si l’été approche, je suis quand même étonné par la température. Donc difficile de se sentir vraiment au bout du monde, malgré le marketing touristique qui le rappelle  partout.
Lieu ultra-mythique n°6 démystifié.



Je m’installe à l’Antarctica, un hôtel à backpackers assez sympa, au nom prédestiné. Et dans mon dortoir je fais la connaissance avec Hap, un néo-zélandais qui est là depuis un moment et a un but clairement affiché : travailler en Antarctique ou sur un bateau de croisière vers l’Antarctique, « even if I have to clean the toilets ». Les croisières de dix jours vers l’Antarctique coûtent les yeux de la tête, minimum 7000 $ et potentiellement beaucoup plus. Je ne suis pas prêt à mettre ce prix-là, même si l’expérience est inoubliable.
Deux jours plus tard je vois en ville des offres de dernière minute à 4000 $, et un voyageur m’annonce même avoir payé 3000 $ ! Pas de chance, à ce moment-là j’ai déjà organisé mon départ d’Ushuaïa, et la semaine suivante est réglée comme du papier à musique, jusqu’à mon départ d’Amérique du Sud. Donc je ne partirai pas en Antarctique, pas cette fois-ci en tout cas …

Dès le premier jour je prends un tour dans un petit bateau, pour quatre heures de navigation dans le canal de Beagle : une courte marche sur une petite île inhabitée en face d’Ushuaïa, passage devant le rocher des cormorans, celui les lions de mer, et un demi-tour devant le phare Les éclaireurs (ainsi nommé parce que construit par des français) pour repartir pendant le coucher de soleil et voir Ushuaïa illuminé. Un petit tour bien sympa, qui en plus m’avait été vendu par un jeune français venant de Lille et du Pas-de-Calais, installé ici.




Les agences proposent des tours intéressants, pour aller voir les pingouins, l’estancia Haberton qui vit la fondation d’Ushuaïa, des tours en kayak … mais très chers comme on pouvait s’y attendre. Il faut donc se concentrer sur tout ce qui peut être fait par soi-même, ce qui est toujours mieux de toute façon, sauf à trouver une activité originale avec un bon guide et un groupe sympa. Le lendemain, je pars donc marcher au Glaciar Martial, qui se trouve juste au-dessus d’Ushuaïa. Plein de bonnes intentions, la marche est plutôt courte, dans la neige, la vue est magnifique sur Ushuaïa et le canal, jusqu’à ce que le temps se couvre. Je prends la photo de justesse en voyant un nuage arriver.




Il commence à neiger vraiment fort là-haut, je redescends rapidement et décide de rentrer en ville à pied, par la route et sous la pluie. Il y a plus séduisant comme programme mais je n’ai pas ma dose de marche et je ne vois pas de bus, et rentrer en taxi me donnerait mauvaise conscience. Après une heure de descente, c’est aussi l’occasion de traverser les quartiers excentrés pour me faire une autre idée de la ville. Rien de différent en fait, beaucoup de petites baraques en bois, ni laides ni belles.

Les soirées se passent tranquillement avec des britanniques, israéliens, allemands, entre l’hôtel confortable et le Dublin Pub. Grande cuisine équipée, fauteuils confortables, et une tireuse de la bière d’Ushuaïa, toutes les conditions qu’il faut pour avoir un hôtel convivial.

Bien que je ne sois toujours pas dans une forme physique exemplaire, et que le Glaciar Martial m’ait un peu entamé, je pars pour le Parque Nacional Fin Del Mundo, à quelques kilomètres de la ville. Il est énorme mais seule une partie, petite en proportion, est ouverte aux marcheurs. Je démarre par le sentier de la côte, au bord du canal. Un chemin de randonnée splendide qui passe en revue les criques bordées de roches vertes, m’amène de lac en lac, et fait des grands tours dans la forêt. Toujours des arbres morts à terre ou tordus, c’est étrange mais beau. Je croise des chevaux en liberté, des aigles qui planent, une sorte de canard dont le mâle a une couleur totalement différente de la femelle




Deux bonnes heures de marche, sous une petite pluie et dans le vent, et je fais une pause devant le restaurant du Lago Roca, buvant juste un café et mangeant mon tupperware comme un voleur mais au chaud. Je repars pour une boucle supplémentaire vers la Laguna Negra. Le vent s’est calmé, il ne pleut plus. C’est encore un sentier magnifique que je parcours, au bord de petits lacs. Je ne croise quasiment personne, c’est paisible et magique. Là aussi j'observe différentes espèces d’oiseaux que je n’ai jamais vus ailleurs. J’atteins la Laguna Negra, dont le fond donne effectivement une couleur noire à la surface, et est bordée d’un écosystème particulier, rouge-orange. A cela on ajoute une forêt autour, et un sommet enneigé qui surplombe le tout, et on obtient un paysage unique de plus.




Je poursuis vers le lac suivant et rencontre un israélien très sympa, Ariel. Décidément, un de plus qui ne voyage pas en groupe et me fait changer d’avis sur les israéliens en voyage … Un lac énorme apparaît devant nous, la Bahia Lapataia, c’est en fait la fin du Parque. Un panneau annonce la fin de la Ruta Nacional N°3, et la distance avec l’Alaska, presque 18000 km et quelques. Quasiment la plus grande diagonale en Amérique.




Le temps d’attendre le bus, un aigle trottine dans l’herbe juste derrière moi. Comme le hasard fait bien les choses, Ariel a décidé de quitter son hôtel et de rejoindre l’Antarctica.

Le lendemain est un « lazy day » de plus, entre petit déj´ à rallonge avec les britanniques et israéliens, et petite balade en ville (entre autres pour avoir le fameux tampon Fin del Mundo sur mon passeport, là j’ai fait mon touriste de base). Quelques heures de calme pour apprécier pleinement ce vieux rêve maintenant accompli … atteindre USHUAÏA !
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samedi 28 novembre 2009

El Calafate, Patagonia siempre

J’attrape le bus jeudi matin avec Séverine et Rémy, direction le sud, toujours le sud. Direction El Calafate, le cœur de la Patagonie et l’un de ses lieux mythiques. Les voyageurs qui ont déjà fait ce trajet nous promettent un voyage apocalyptique : 30 heures de trajet, en partie sur un chemin de terre parce que la fameuse Ruta 40 est en travaux.

Et effectivement c’est rude : très rapidement on quitte les lacs, la route est étroite et en triste état, au milieu de la steppe inhabitée. Chaque croisement avec un camion ou un autre bus fait peur, il arrive que l’un d’eux fasse un appel de phare parce que notre bus louvoie et tangue comme un bateau sur les ondulations de la chaussée et les nids de poule. On arrive sur la partie en construction, et on roule sur le côté, sur un chemin en terre invraisemblable pour un bus moderne de ce gabarit. Ils n'ont peur de rien les latinos ! En matière de transports, cela fait plus de quatre mois que je le constate. Je repense surtout au trajet entre Potosi et Uyuni en Bolivie, six heures éprouvantes au milieu de nulle part.

Des oiseaux jaunes et noirs volent ensemble d’arbre en arbre, en groupe très serré. Le paysage devenu habituel se déroule à nouveau, de grandes plaines vertes et jaunes, parsemées de grosses touffes, traversées par une petite rivière, délimitées quand même par des grandes collines ou des petites montagnes. De temps en temps on voit quelques vaches qui paissent, dispersées sur des distances énormes, quelques flamands roses qui me rappellent encore la Bolivie. Malgré la monotonie, l’immensité et la pureté en font un cadre particulier.

Nous nous arrêtons dans une petite ville un peu vide, triste, au milieu de nulle part. Je suis immédiatement séduit par cet endroit qui n’a rien pour plaire. Rues larges et quasi-désertes, en terre, systématiquement bordées de troènes tristes, peints en blanc poussiéreux à la base. Deux vieux pick-ups poussiéreux garés tous les 200 mètres. Quelques personnes sur les trottoirs de la route principale, des ados surtout. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien faire ici, comment gardent-ils le sourire ?

Il y a un magasin tous les deux pâtés de maison : vêtements, matériaux de construction … des petites boutiques dérisoires qui constituent une maigre distraction. Une Clio assez récente garée à côté d’un bon vieux pick-up, une sorte de résumé du parc automobile argentin. Cette ville est un parfait de décor de cinéma, pour un film lent, spécial, décalé … dépressif. Je pense à « Paris, Texas » de Wim Wenders, bien que le décor soit complètement différent.



Il faudrait y rester deux ou trois jours, accepter de s’y ennuyer mortellement, pour voir comment ce lieu fonctionne, comment les gens y vivent, leur rythme, leurs distractions s’il y en a. C’est assez rare pour le dire, je ne suis pas le seul à trouver un intérêt, photographique au moins, à ce lieu triste : Séverine aussi y trouve un magnétisme particulier et un sujet à de belles photos.

Après cet arrêt habilement orienté par le chauffeur vers un « restaurant » en particulier, nous reprenons la route et gagnons un peu de relief. Nous nous engageons dans un canyon, aux teintes jaunes-oranges. Plus loin de petits peupliers sont tous penchés du même côté, comme au garde-à-vous. Malgré l’immensité de la Patagonie, on voit des clôtures quasiment partout le long de la route. Cet espace appartient donc à des estancias qui y laissent paître le bétail. C’est le cadastre qui doit s’amuser …



Après un beau coucher de soleil qui joue avec les nuages, nous entamons la nuit. L’arrivée n’est pas encore à l’horizon … Au réveil, le décor est toujours parfaitement plat et vide, seules les grosses touffes d’herbe témoignent d’un peu de vie, puis trois chevreuils, un aigle posé sur une clôture. Le bus fait une pause à Rio Gallegos, au bord de l’océan atlantique. Je comprends mieux pourquoi le trajet prend 30 heures, nous avons quitté Bariloche au bord de la Cordillère des Andes, pour relier El Calafate également au bord de la Cordillère des Andes, en faisant un crochet par l’océan atlantique !

Quelques heures après nous arrivons enfin à destination. La route descend soudainement dans une vallée, avec au fond les montagnes enneigées qui refont leur apparition. Une autruche regarde les bus passer (j’ai rêvé ?!?). Je suis surpris, il ne fait pas vraiment froid. Nous avons fait plus de 1000 kilomètres à vol d’oiseau vers le sud, depuis Bariloche où l’air était déjà glacial, et ici il fait bon, malgré les montagnes enneigées qui nous entourent. Mal guidés, nous atterrissons, Séverine, Rémy et moi, dans un hôtel un peu quelconque. Tant pis nous ne sommes pas là pour longtemps. El Calafate est une petite ville touristique au bord du beau Lago Argentino. La ville n’est ni belle ni laide, un peu quelconque et envahie par les agences, magasins de chocolat, magasins de matériel de randonnée.

Dès le lendemain matin, nous prenons le bus pour le site-phare, la référence « neumebeure ouane » en Patagonie : le Perito Moreno, gigantesque glacier qui baigne dans un lac. Une petite tempête de neige refroidit notre enthousiasme dans les derniers kilomètres, mais c’est finalement sous un temps apaisé que nous arrivons sur le site. Nous découvrons le lac, dans lequel flottent de petits icebergs aux formes diverses. L’eau est laiteuse, les icebergs blancs-bleus le plafond nuageux est très bas, les montagnes autour du lac sont maquillées de brume. Le contraste eau-icebergs-montagnes-nuages est magique, dans le calme. Un regard à gauche, et nous tombons nez à nez avec le monstre de glace. Gigantesque, brillant malgré les nuages qui cachent le soleil.
Lieu mythique n°5 atteint.



Le Perito Moreno est l’un des rares glaciers au monde qui avancent, et comme il vient buter sur la terre ferme, séparant les deux lacs qui le bordent. L’un des lacs est plus haut que l’autre, et la pression de l’eau sur le glacier provoque son effondrement dans une explosion ahurissante. Le phénomène se passe de façon irrégulière : tous les ans, deux ans, voire plus. Les scientifiques sont incapables de prévoir quand se produira le prochain effondrement.

Cette « butée » sur la terre ferme permet aussi de le voir de très près, sans bateau, et c’est ce qui fait le succès du Perito Moreno par rapport à d’autres glaciers. 60 mètres de hauteur pour 5 kilomètres de largeur … et 30 kilomètres de long. Nous sommes dans le Parque de Los Glaciares, et certains sont encore plus grands. Ma première pensée va au Spitzberg, dans le Cercle Polaire Arctique, où j’avais passé dix jours au bord d’un glacier du même gabarit. De gigantesques blocs de glace tombaient toutes les cinq minutes, créant un bruit de tonnerre auquel on finissait par s’habituer. Et il fallait rapidement mettre le kayak face à la vague pour éviter de finir dans l’eau glacée.

Ici malheureusement, il est rare que des gros blocs se détachent. Mais des petits morceaux souvent, qui font tout de même un sacré bruit. De temps en temps c’est un iceberg qui se fend en deux, son centre de gravité est alors modifié et il se retourne violemment dans l’eau, dans le même grondement sourd pendant de longues secondes, jusqu’à ce qu’il trouve sa nouvelle position d’équilibre, découvrant maintenant la partie qui était immergée, bleue et claire comme le cristal. Sur la façade du glacier, des pics immenses sont à moitié décrochés, menaçant de s’effondrer, mais il faudra encore bien du temps pour que cela se produise.



En atteignant les passerelles supérieures, on découvre le dessus du glacier, splendide, immense, dont on ne voit évidemment pas le bout. C’est un champ de crevasses, peuplé de pointes glacées hérissées comme des dents. Nous déclinons la marche sur le glacier, qui se fait sur le côté. Le prix est un peu cher pour le peu de temps proposé et j’avais déjà goûté à ce plaisir au Spitzberg, d’une manière beaucoup plus libre et pendant plusieurs heures.

En parcourant inlassablement les passerelles, photographiant pour la trente-quatrième fois la même chose, j’entends loin derrière moi « Ni-co, Ni-co ! ». C’est blindé de français ici, ça ne doit pas être pour moi. Je me retourne quand même, ah ben si c’est pour moi ! Revoilà Emilie et Hervé, croisés et re-croisés depuis Sucre en Bolivie. J’avais pris de l’avance mais ils m’ont rattrapé, et voyagent maintenant à quatre. Je venais d’écrire la veille sur leur blog qu’on était peut-être dans le même coin. Une coïncidence de plus, j’arrête de les compter. C’est l’occasion d’un bon resto le soir à El Calafate, une table de sept français, rien que ça !

Avant de rentrer à l’hôtel, petit détour par le stade pour voir à quoi ressemble la Fiesta de El Calafate. C’est un concours de rodéo en fait, mais avec des chevaux pas du tout sauvages, que l’on maltraite pour les exciter. On s’en va rapidement donc, la souffrance des chevaux dépasse largement le spectacle.

Le lendemain nous prenons déjà le bus pour El Chalten, une des multiples mecques du trek dans la région. Depuis que je suis en Patagonie, le temps s’accélère, les étapes se raccourcissent, je suis souvent dans le bus, et je déteste ça. Plus le temps de glandouiller, de humer l’air des lieux, de vivre sans voyager, de mettre à jour le blog. Les échéances à venir, et le manque d’intérêt des villes qui sont proches des sites remarquables, sont les explications de ce nouveau rythme. S’y ajoute aussi le coût de la vie en Patagonie, clairement supérieur au reste du pays. Bref c’est pénible d’aller si vite lorsqu’on voyage au long cours.

Direction El Chalten donc, couru pour ses treks qui gravitent autour d’un monstre, le Fitz Roy, géant de granit entouré d’autres sommets et glaciers, qui culmine à 3441 mètres. Trois petites heures de bus et nous y voilà, dans une petite ville qui a été créée de facto pour le trekking, il y a seulement 14 ans.

Sur la route, nous quittons les bords du Lago Argentino et nous traversons une steppe vallonnée, jaunie, balayée par un vent très fort. En observant ce décor, je réalise que le rêve est toujours supérieur à la réalité. J’ai toujours rêvé de la Patagonie, avec des images peut-être légèrement décalées, et maintenant j’ai besoin de réaliser que j’y suis. Il y a le besoin que le paysage colle avec la carte postale pour se dire : « J’y suis, c’est ça que j’attendais ». Cette difficulté à réaliser et à profiter à 100%, est peut-être due au fait que la Patagonie est plus monotone qu’attendu, en dehors des sites remarquables et de certaines portions de route. Le rêve s’est légèrement banalisé face à la réalité, mais sans être décevant non plus. Je m’étais déjà fait la réflexion au Pérou, parce que les paysages vus les premières semaines étaient différents et moins beaux que la carte postale absolue : le paysage andin peuplé d’indiens. Dormir dans les villes relativement modernes et/ou banales, cela aussi casse le mythe et donne l’impression que les lieux magiques ne sont que des centres d’intérêt très localisés, alors qu’ils sont un monde à part entière.

Après la steppe jaunie, c’est le Lago Viedma qui nous sert de paysage, tout aussi grand et beau, et encadré par des sommets enneigés et des glaciers. Nous arrivons à El Chalten, lieu original avec quelques rues, impression de village tout juste sorti de terre, et dans un environnement magnifique. Aucune raison de venir ici si l’on n’aime pas marcher en montagne. Il y a quand même un quartier d’habitation, avec des vraies gens qui vivent directement de l’afflux de trekkeurs. Le Fitz Roy est visible depuis la ville, quand les nuages veulent bien s’en décrocher, et son petit voisin le Cerro Torre, lui aussi un pic de granit, est un beau complément.
Les gardes du parc nous préviennent que le temps est très potable aujourd’hui, bien que nuageux, et qu’il faut en profiter parce que les jours à venir s’annoncent mauvais.

A peine trois heures de repos après le bus, et nous partons donc pour une petite randonnée vers le Lago Capri, un lac situé au pied du Fitz Roy. Le chemin est splendide, au milieu des arbres tordus et légèrement japonisants, ou jonchant à terre et créant une atmosphère étrange. Bizarrement il fait très bon ici, à El Calafate déjà j’avais été surpris, alors qu’à Bariloche , quelques 1000 km plus au nord, il faisait glacial.



Nous arrivons au fameux lac, il fait déjà plus froid. Malheureusement les nuages sont là et en nombre, mais la vue n’est pas bouchée pour autant, et un magnifique glacier au loin fixe notre regard. Descente tranquille, en croisant des marcheurs équipés de tout le matériel pour camper, quelquefois aidés d’un lama porteur.

L’avantage à El Chalten, comme quasiment partout en Argentine, c’est que les chemins sont bien indiqués, et que l’on nous procure des cartes simplifiées mais largement suffisantes pour être autonomes. Pourtant nous choisissons de prendre un guide pour le lendemain, pour un long trek et une marche sur glacier, à un prix raisonnable. La stratégie de faire le minimum au Perito Moreno, deux jours plus tôt, là où le prix est proportionnel à la fréquentation touristique, était la bonne.

Soirée tranquille et coucher tôt à l’hôtel, encore prisé de nombreux français. Et lever tôt pour être à 7 heures devant la maison des guides. Il fait toujours très bon, mais le plafond nuageux est bas, nous risquons de ne voir ni le Fitz Roy ni le Cerro Torre. Mais le programme de la journée sera quand même savoureux …

Notre guide (appelons-le Andres, j’ai oublié son nom) nous emmène donc sur un petit sentier, au décor semblable à la veille, au milieu des arbres tordus. Nous traversons différents vallons qui furent sous la glace il y a très longtemps, et arrivons devant le Lago Torre. C'est le premier petit plaisir de la journée, la traversée de la rivière en tyrolienne. Chacun son tour on passe, on fixe le harnais à la corde suspendue, et on s’engage à la force des bras. Bien plus crevant que je ne l’imaginais, d’autant que le câble remonte vers la fin, mais amusant.

On poursuit la marche, plus physique, sur les bords du lac, jusqu’à l’arrivée au Glaciar Torre, en recul comme la plupart des glaciers. Curieusement aucun bloc ne se détache jamais pour s’écraser dans l’eau brune du lac. On chausse les crampons, Andres nous donne deux ou trois conseils sur la façon de marcher avec, et il nous emmène sur le glacier. C’est très accidenté, nous passons entre les crevasses, on ne s’est pas moqué de nous sur le programme. Nous arrivons devant une sorte de double tunnel aux teintes bleues qui s’enfonce dans les entrailles du glacier, chacun notre tour Andres nous encorde et nous envoie l’explorer, pas bien loin c’est vrai mais c’est une belle sensation.



Sur les bords de ce tunnel, un beau mur vertical, c’est l’endroit parfait pour s’essayer à l’escalade. Andres installe ses cordes pendant que nous faisons la pause sandwich, et nous tentons la montée chacun notre tour. C’est raide. Même en plantant vigoureusement les pieds dans la glace, il est difficile de garder les appuis et éviter de se retomber pendu à ses piolets. Et le plantage de ces mêmes piolets est une douleur pour les mains. Le deuxième mur est plus abordable et nous donne l’impression d’être moins nuls, moi surtout.

Nous poursuivons la marche sur le glacier, Andres cherche les endroits les plus insolites, les puits profonds notamment, mais comme il ne vient qu’une fois par semaine et que le glacier bouge en permanence, il redécouvre plus ou moins les lieux.



Puis nous sortons du glacier, et repartons vers El Chalten, un petit passage en tyrolienne à la clé. Arrivée à 18h, onze heures après être parti et avec peu de pauses. Dé-mon-tés.

De fait cela me décide à repartir dès le lendemain à El Calafate, puisque je serai incapable de repartir sur les sentiers. Le lendemain, coup de chance le ciel est dégagé, on peut voir le Fitz Roy à la perfection depuis la ville. Quelques mètres de marche depuis l’hôtel suffisent pour prendre une photo parfaite, alors que régulièrement des trekkeurs doivent attendre plusieurs jours, en vain.



Malgré leur timing serré avant leur retour en France, Rémy et Séverine décident de me suivre pour l’étape suivante, un autre point phare de la Patagonie. Ils me devancent même puisqu’à El Calafate ils enchaînent sur le bus suivant vers le Chili, alors que fidèle à moi-même, je m’arrête là pour une nuit. L’air de rien nous avons passé une semaine ensemble sans l’avoir planifié, et c’était bien sympa.

On se retrouve rapidement (trop ! toujours trop !) pour une courte mais mémorable étape chilienne. Suerte a ti, amigo !
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